Ce pommadé rigole tendrement.
— J’ai vu cette paire de couillons dans une vitrine, et j’ai pensé qu’elle te ferait plaisir.
— Tu es trop gentil, mon grand.
Je rigole et je déclare :
— Ton grand, Else, sans son copain qui a une bille à galoper dans les faux rochers du zoo de Vincennes, il serait tout juste bon à déboucher les éviers et les waters. Comme lavette, on ne peut rêver mieux, au moment où je me suis laissé fabriquer par madame et monsieur, il allait nous raconter sa vie et la tienne par-dessus le blaud. Je ne peux pas croire qu’avec une gambette et une frimousse comme tu en as, tu ne trouves rien d’autre à mettre sur ton oreiller que ce pot de brillantine. C’est peut-être que tu crains le froid aux pieds. On ne t’a jamais dit qu’il existait des bouillottes ?
J’ai juste le temps d’esquiver un crochet du droit que me balance Bruno fou de rage. Il se précipite pour remettre ça, mais moi, plus prompt, je lui file un coup de savate au tibia. Il se penche et je lui remonte le menton d’un coup de genou. Tout cela sans cesser de tenir mes bras levés. Il est assis, plus étourdi que Manon, sur le tapis, en train de chercher ce qui vient de lui arriver, tandis que tout le monde rigole.
Je le vois attraper son pistolet — du reste c’est le mien — celui que Sorrenti m’a offert et je les ai mignonnes. Je sais qu’un gars humilié comme Bruno vient de l’être ne se connaît plus et qu’il descendrait sa petite sœur dans son berceau si elle avait l’air de ricaner.
— Allons, proteste Else, ne fais pas l’enfant, mon chéri.
Il hésite, puis se contient et va s’asseoir.
— Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? demande la fille rousse.