Je regarde ma montre et je vois qu’il va être bientôt une heure. Je paie et dis deux mots à mon Su-Chang pour le cas où il aurait tendance à revenir sur sa décision.
Je lui allonge un bon pourboire afin de le mettre en confidence.
Je le regarde droit dans les yeux.
— Et maintenant, je vais t’attendre au coin de la rue. Manie-toi, car les nuits sont fraîches et je ne veux pas risquer d’attraper l’influenza.
*
La soirée est belle. C’est plein d’étoiles par là-haut et la lune se balade au-dessus de Marseille. On y voit comme en plein jour.
Je remonte le col de mon pardessus et je descends la rue endormie.
Parvenu à hauteur de la tranchée, je jette un coup d’œil à l’intérieur. J’imagine que l’inhumation a dû se faire à un moment comme celui-ci, où les braves gens rêvent, la tête dans les plumes, qu’ils ont gagné à la Loterie nationale. Le cadavre ne devait pas être loin et le, ou les assassins, avaient repéré la tranchée. Probablement qu’ils manquaient de moyens de transport…
Je fais le poireau un petit quart d’heure devant un marchand de corsets. La rue n’est pas très éclairée et les machins de soie rose brillent délicatement dans la pénombre. Je ne sais pas pourquoi je pense à Julia. C’est une pépée qu’on aurait du plaisir à trouver dans son sabot de Noël. Elle a un je ne sais quoi dans les yeux qui vous va droit au cœur et vous met les jambes en coton. Si je la revois, il faudra que je lui récite du Géraldy.
À peine ai-je pris cette décision, que je vois rappliquer mon Chinois.