Elle est d’accord pour que je lui fasse une petite visite très bientôt.

Je l’accompagne jusqu’à la porte, et je la regarde partir. Elle se retourne à plusieurs reprises et m’adresse des petits signes. Ses cheveux lui font comme une auréole. Cette fille a quelque chose de céleste par instants, et je me sens devenir poète à toute allure.

Alors, pour réagir, je retourne m’administrer un grand armagnac.

CHAPITRE VI

De drôles de façons…

Je rêvasse. Une fois de plus me voilà embarqué à bord d’une caravelle qui va naviguer Dieu sait où ! Quel métier ! Je n’ai que trente-huit ans et je connais plus de trucs que Mathusalem. Des belles gosses… Des crapules… Des coups de pétards… Ma vie en est remplie. Un jour, si je vous raconte tout ça, vos cheveux se mettront tout droits sur votre tête comme si on leur jouait La Marseillaise et, si vous êtes aussi chauve qu’une brioche, vous serez obligé de vous poser des compresses sur la coupole.

Tout en avalant mon alcool, j’observe les mouvements du bar. Je ne tarde pas à apercevoir le gars Batavia. Il est assis dans un renfoncement en compagnie de deux métèques carrés d’épaules qui ont des têtes de fiches anthropométriques. Ces trois caves discutent à voix basse, et il m’est avis qu’ils ne projettent pas d’organiser une kermesse au profit des enfants abandonnés.

Tout à coup, un garçon vient parler à l’oreille du Batavia ; celui-ci se lève et se dirige vers le téléphone qui se trouve derrière la caisse. Cette pauvre cloche se croit possesseur d’un appareil de télévision car il ne pipe pas mot, se contentant de secouer la tête affirmativement. Au bout d’un moment de ce manège, il raccroche et fait signe à ses petits copains de le rejoindre. Tous sortent par la porte du fond qui est à côté de l’office.

— Bonsoir !

Certainement, ce joli trio ne va pas pêcher l’écrevisse à la lanterne cette nuit.