J’exécute ce programme avec pourtant une variante qui est la suivante : à peine arrivé à l’Imperator, ce n’est pas une chambre que je commande, mais un triple cognac.

Après la petite séance qui vient d’avoir lieu, j’ai besoin de me faire installer le chauffage central dans le corgnolon.

Le cognac se laisse boire, au point que j’en redemande. Tout en avalant ce divin breuvage, je mets mes pensées en ordre, car elles se sont un peu mélangées ces derniers temps. Heureusement que mon ciboulot est un excellent fichier. En un clin d’œil, tout rentre dans l’ordre. À ce moment-là, je me lève et me dirige vers les cabines téléphoniques. Je sonne le chef de la police, il est à son domicile, heureusement ; en quelques mots, je lui raconte mes toutes dernières péripéties.

— Les bagarres du mont Cassino, c’était de la foutaise à côté de mes séances de nuit, conclus-je, mon cher signore, je vais très prochainement donner un récital d’écrabouillage de gueules et de torsion de nombrils au tournevis, il ne faut pas manquer ça.

Puis je change de ton et lui raconte certaines — pas toutes — de mes idées, ce qui lui fait pousser des Impossible ! Santa Madonna ! et autres exclamations qui traduisent ses sentiments.

Lorsque je raccroche, il est plus ahuri que si un train de marchandises venait de lui passer sur le ventre.

Ensuite, je téléphone à l’aéroport et j’y récolte les renseignements qui me sont nécessaires, tout va bien.

Jeannine est de retour. J’arrive derrière elle sans qu’elle m’entende et j’admire sa nuque fragile, couverte de cheveux follets. Si je n’étais pas un gnace qui a une éducation du tonnerre et qui sait se tenir, je lui collerais un mimi mouillé sur le cou qui la ferait vibrer comme une corde de violon.

Moi, le mimi mouillé, c’est pour ainsi dire ma spécialité, mon talent de société. Il y a des gens qui séduisent les femmes en leur racontant comment ils ont été opérés de l’appendicite, d’autres en leur faisant des tours de cartes, d’autres encore en leur récitant du Verlaine, eh bien, en ce qui me concerne, ce qui me gagne toutes les souris — indépendamment bien sûr de ma jolie bouillotte et de mes manières civiles — c’est le mimi mouillé.

Ne comptez surtout pas que je vous initie à cette pratique galante, vous n’avez pas des têtes à piger. Et puis, chacun se débrouille. Et plus le chacun a des trucs, plus il est marle et doit les garder pour son usage personnel.