Bon, ça boume. Il est correct. Nous marchons en silence.
Soudain, j’entends le ronflement d’une voiture. Au bruit des freins je comprends qu’elle va tourner. Elle tourne. J’ai juste le temps de m’apercevoir que ses phares sont éteints. Chez moi l’instinct commande avant le cerveau ; je pique un plongeon sur le trottoir et je ne bouge plus. Une seconde plus tard, je m’aperçois que j’ai eu une riche idée. Un enfant de salaud sort une sulfateuse par la portière et nous joue un air de mandoline. Les balles pleuvent au-dessus de moi et font dégringoler des devantures. Et puis l’auto disparaît à fond de train. J’entends hurler un peu partout ; des fenêtres s’ouvrent… Je comprends que dans un instant tout ce quartier va crouler sur moi et m’accabler de questions. Je connais les Marseillais. Je me penche sur Su-Chang ; le pauvre Confucius est aussi mort qu’une escalope panée. Il a pris des dragées dans le ventre et il est tout perforé comme un ticket-matière.
Décidément cette rue est malsaine. J’hésite à fouiller le gars, mais je me dis que la police va rappliquer et mettra ses fringues à l’abri.
Alors je décide de jouer au courant d’air et je m’évapore dans les petites rues.
CHAPITRE VII
Qui m’aime me suive…
Je ne sais pas ce que vous pensez de tout ça, mais je peux vous dire pour ma part je me sens plus à mon aise. Vous croyez peut-être que parce qu’un type me distribue du plomb, mon moral baisse. Eh bien, vous vous gourez drôlement.
Des bonshommes qui sortent leur artillerie en m’apercevant, j’en ai rencontré des masses et comment que je les ai dressés !
Tout de même je suis content, parce que tout à l’heure je n’y voyais pas plus clair dans cette affaire qu’un aveugle qui chercherait un nègre dans un tunnel pendant le couvre-feu, et voilà que maintenant le jour pointe sous mon chapiteau.
Je vous prie de croire que mon cerveau fonctionne à plein rendement. Ah ! mes amis… Quelle turbine !