La moutarde me monte au nez. Je sors mon arsenal et je tiens mes ouistitis en respect.

— Le premier qui lève le petit doigt, je le poinçonne comme un ticket de métro.

— Ça va, dit vivement Batavia. Te fâche pas, qu’est-ce qu’il y a pour ton service ?

Je hausse les épaules.

— Trêve de plaisanteries, mes agneaux. Vous allez vous mettre à table et me raconter l’histoire du zig qui s’est laissé enterrer dans la rue Paradis. Et puis, celui qui me parlera de la môme Julia et de ses pigeons aura une image, ça boume ?

Ils s’examinent. Je vois qu’ils sont un tantinet ébranlés. Je trépigne d’énervement.

— Bande de caves ! Vous ne croyiez pas m’avoir comme un enfant de chœur. Si vous ne connaissez pas San Antonio, je vais vous raconter son curriculum vitæ. Et ça vous donnera sûrement à réfléchir.

Je recommence à me cintrer. À ce moment, je reçois un gnon terrible derrière le bocal. Je pense à cette carne de Tom que j’ai dû mal estourbir et qui vient, sur la pointe des pieds, demander la communication avec ma moelle épinière. Tout d’un coup je ne me souviens plus si je m’appelle San Antonio ou si on est vendredi saint. J’entends une curieuse musique d’orgues et les motifs du tapis viennent à ma rencontre, à fond de train. Puis c’est un noir brutal coupé d’étincelles d’or.

CHAPITRE VIII

À votre santé