Quand je reviens à moi, je suis dans le salon.
Ma tête repose sur les pédales d’un piano et, entre mes cils, j’aperçois ces quatre salopards penchés sur moi.
Batavia m’administre des verres d’eau sur la figure. Moi qui n’aime pas la flotte, ça me contrarie. Je m’ébroue et j’éternue violemment.
— T’enrhume pas, fait-il, je vais te donner du Gomenol, tu vas voir, mon joli. Allez, lève-toi ! Et ne tâte pas tes poches parce que ton soufflant n’y est plus.
Le mieux que je puisse faire c’est d’obéir. Je me lève tout en me maudissant pour n’avoir pas administré la forte dose à ce Tom de malheur.
On est toujours trop doux avec ces crapules-là !
Batavia me met un joli Luger dans les côtes et m’intime l’ordre de sortir. Nous voilà devant la baraque. Le nègre se dirige vers un petit garage et sort une 402 noire. Je la reconnais ; c’est de ce toboggan que les crapules nous ont canardés, le Chinois et moi. J’ai pigé. Ils vont me balader une dernière fois, et puis ils vont m’adosser à la falaise et m’envoyer un peu de plomb dans les tripes. La chose est connue. Je me dis que c’est un peu toquard de finir comme ça et que Félicie va faire une drôle de tête en recevant un petit communiqué du chef.
Sûrement qu’ils me ficheront une médaille à titre posthume, mais une médaille n’a jamais réveillé un mort et pour l’instant je m’en balance.
Ils me font grimper dans la bagnole. Le nègre conduit. Batavia s’assied à côté de lui. Tom et son collègue m’encadrent sur la banquette arrière. Chacun d’eux me tient par un bras. Inutile de jouer au petit soldat, la voiture tape le cent dix. Nous suivons la côte, et je m’aperçois que nous nous dirigeons vers un petit bled que j’ai connu autrefois. J’étais allé y manger une bouillabaisse avec une poupée tout ce qu’il y a de chouïa. Un vieux pêcheur nous avait indiqué le coin.
C’était le bon temps ! Maintenant, on m’y emmène pour me buter…