La roue tourne, hein ?
*
Soudain, le nègre stoppe.
— Ça boume, fait Batavia. Le coin est pépère.
Ils me font descendre et je regarde la nuit mélancoliquement. Une rude nuit, moi je vous le dis, avec des étoiles en veux-tu en voilà et une lune pareille à celle qu’on voit sur le fanion des bataillons algériens. J’examine la géographie de la région. Nous sommes au sommet d’une sorte de falaise surplombant la mer.
Ils m’entraînent, à coups de pied, à l’extrémité de la falaise, je suis adossé à l’infini, les tifs au vent. Je dois ressembler à Chateaubriand sur son rocher, mais ces affreux-là se moquent du romantisme comme de leur premier fric-frac. Ils vont m’administrer une livre de plomb dans le buffet, après quoi ils me balanceront au bouillon. Alors, j’en ai gros sur la patate, n’est-ce pas ?
Ça n’est pas le fait de mourir qui me turlupine — encore que ça ne m’emballe pas tellement.
Non, ce qui me met en crosse c’est de m’être laissé avoir par un Batavia à la flan. Si au moins je n’avais pas renvoyé Baudron ! Je me rebelle ! Je ne veux pas que ce soit dit de me faire descendre bêtement comme un sourd-muet qui aurait pas entendu les sommations de la sentinelle.
— Alors, dit Batavia, tu es plus calme, mon flic… Tu ne pensais pas donner à manger aux poissons ce soir, hein ? Ils vont se casser les dents sur ta sacrée carcasse de poulet, ces pauvres requins.
Il se tient les côtes. Il caracole devant moi. Ça me plaît. Les cabots sont plus faciles à avoir que les durs. Un vrai gangster ne perd pas son temps à vous raconter la vie de sa petite sœur avant de vous descendre. Il vous envoie un échantillon de son Luger par-dessous la table ou dans les reins, et vous êtes mort avant d’avoir compris ce qui vous arrive. Je décide de jouer ma dernière partie, bien que je ne la juge pas fameuse.