— Parce qu’elle habite en sous-location chez le patron, fait Batavia. Elle ne s’occupait pas des pigeons.
— Bon, alors, explique-moi comment tu as su qui j’étais et comment tu as su aussi que j’avais contacté le barman chinois ?
Il se met à rire.
— Non, mais des fois, fait-il, vous le croyez p’t-être pas, mais j’ai l’œil à reconnaître les poulets, sauf vot’ respect. Quand je vous ai vu en discussion avec Su-Chang, ça m’a défrisé, et lorsque vous êtes allé téléphoner en bas, j’ai intercepté votre communication grâce à un système d’écoute qui est possible avec l’appareil du haut. J’ai aussitôt prévenu le patron de ce qui se passait. Il m’a ordonné de suivre le Chinois et de vous descendre tous les deux si vous vous rencontriez.
— L’adresse du patron ?
Je lis de l’effroi dans son regard. Il se tait. Je réfléchis : peut-être vaut-il mieux de ne pas essayer de l’avoir au forcing. Ces naves-là, lorsqu’elles se butent, ne parlent pas plus qu’une côtelette de mouton. On va le laisser moisir quelque temps dans le noir, ce cher Batavia, ça ne lui fera pas de mal. Je fais signe aux gardes de l’emmener. Puis je donne le signalement de la collection de rascals que j’ai laissée au bord de la mer ; dans un quart d’heure, tous les flics du territoire vont être aux abois. Ils n’ont pas plus de chance de rester en liberté que moi de devenir sultan du Maroc.
Ces dispositions prises, je me fais conduire à la cellule de Julia. Ma blessure me rend bucolique, je ne sais pas ce que je lui raconte, mais au bout d’un instant, elle m’a tout pardonné ! Elle trouve même cette aventure pleine de piquant et elle a l’impression de vivre dans un film de la Metro, je parie qu’elle me prend pour Edward Robinson…
— Dites donc, amour, vous n’avez pas sommeil ? Il va être quatre heures… Nous avons eu une nuit agitée, il faut aller au dodo. Venez donc à mon hôtel, je vous ferai donner une chambre ravissante, le veilleur de nuit est un copain.
Elle me regarde de biais, en réprimant un sourire.
Du coup je ne sens plus ma blessure.