— Des pigeons voyageurs ! s’exclame-t-elle.
— Yes, darling ! Et qui est-ce qui s’en occupait ?
— Le jardinier. Vous le savez, j’étais en sous-location provisoire, je ne m’occupais pas de l’entretien de la baraque.
Je lui demande l’adresse du jardinier et je note celle-ci sur mon agenda de poche en me promettant d’aller demander des conseils au bonhomme en ce qui concerne le repiquage des épinards.
J’attrape Julia par un bras et je l’entraîne jusqu’au restaurant le plus proche où je nous commande des steaks aussi larges que le postérieur d’une couturière.
Ma compagne se met à manger d’aussi bon appétit que moi. Comme mon bras me fait un peu souffrir, c’est elle qui découpe ma viande. Pour un peu elle me donnerait la becquée. Je lui souris, mais tout en lui souriant et tout en dégustant mon steak je pense à elle, ou plutôt à nous.
Je me dis que les choses ont changé d’aspect. Tant que je croyais l’affaire terminée, je pouvais m’offrir une escapade avec une poulette. D’autant que j’estimais ce genre de divertissement mérité ; mais maintenant, il y a fausse donne. L’enquête continue et, dans ce genre d’exercice, la belle Julia m’est à peu près aussi utile qu’un motoculteur. Il s’agit de lui expliquer la chose avec tact. Pour le tact, on peut se fier à moi. J’y vais de ma petite romance. Heureusement, cette gamine a plus de jugeote que tout un Conseil d’État ; elle se rend à mon raisonnement sans discussion.
— Oui, murmure-t-elle, tristement. Je comprends bien qu’une femme ne puisse partager les occupations d’un garçon comme vous. Je serais un poids mort pour vous, en restant ici. Je vais retourner quelque temps à Nice, chez mes parents. Si vous avez envie de me voir, vous n’aurez qu’un geste à faire.
Je saute sur sa décision à pieds joints.
Pour la récompenser, je me penche en avant, par-dessus la table. Comme elle n’est pas paresseuse, elle se penche aussi, si bien que nous nous rencontrons juste à l’endroit qu’il faut.