— Vous m’excitez…
Il secoue la tête rêveusement et dit d’une voix sourde :
— C’est très excitant en effet. Avez-vous lu des romans policiers, commissaire ?
— Quelquefois, mais à la vingtième page, j’avais mis le grappin sur le coupable.
— Espérons qu’il en sera de même cette fois-ci, malgré que l’affaire n’appartienne pas à la fiction. Voilà un résumé de l’histoire… Hier, des ouvriers de la ville qui réparaient une canalisation d’eau souterraine ont trouvé un cadavre dans la rue Paradis. Le sous-sol, particulièrement humide à cet endroit, a hâté la décomposition. L’homme, car c’est d’un homme qu’il s’agit, était nu. Il ne reste pas grand-chose de lui, comme vous verrez. Nous pouvons néanmoins nous prononcer très exactement sur la date de son inhumation. Celle-ci a eu lieu voici huit mois. À cette époque, en effet, des travaux furent faits à la même canalisation. On peut penser, sans crainte de se tromper, que le cadavre fut enterré à ce moment-là, car on ne peut imaginer un seul instant que des particuliers dépavent la chaussée et creusent une tombe au milieu d’une des rues les plus passantes de Marseille.
Moi, je suis d’accord avec le chef. Intérieurement je jubile parce que je trouve que l’assassin est un drôle de petit malin. Vous avouerez que l’idée d’enterrer un citoyen à cet endroit indique clairement que nous avons affaire à quelqu’un de fortiche.
J’en ai l’eau à la bouche, car je suis pour les parties difficiles à jouer, et je suppose que pour gagner celle-ci, il faut être sorti de nourrice depuis un bout de temps…
— Merveilleux, chef. Seulement, entre nous, je ne vois pas ce que je viens fiche dans l’aventure qui m’a plus l’air de relever de la Sûreté que de nos services. Le fait divers, c’est pas notre job.
Le directeur secoue la tête gentiment. Il ouvre son dossier et y prend une enveloppe dont il vide le contenu sur son bureau. Un petit tube de Celluloïd tombe sur le sous-main.
— Voilà pourquoi vous êtes ici, assure-t-il en faisant rouler le minuscule objet au bout du doigt.