Je commence à en avoir plein le dos de ce roman policier.
CHAPITRE VI
Je m’y mets
Et comment que je m’y mets !
Dès que je suis à peu près relingé, je viens chez le concierge de l’hôpital. Je veux être là lorsque le flic qui a pris ma bombardière en filature donnera de ses nouvelles.
Je suis tellement de mauvaise humeur que personne n’ose me parler. Des journalistes qui veulent des détails me prennent pour le bonhomme des entrées. Je suis aimable avec eux à peu près comme une tigresse avec un boa. Il y en a un qui insiste et qui me promet de passer ma binette dans son canard si je lui refile des détails sur l’attentat. S’il savait mon nom, il m’emporterait sous son bras jusqu’à ses rotatives, mais je le mets en fuite en lui expliquant que je suis ceinture noire de judo et que, s’il continue à me harceler, je me mettrai en colère. J’ajoute pour le tuyauter bien à fond, qu’après une de mes colères il passerait le restant de ses jours à se demander de quel côté sa tête était orientée avant de m’avoir connu.
Enfin on me fiche la paix.
Je continue ma faction devant le téléphone en me demandant si la môme-plastic ne s’est pas aperçue qu’elle était filée. J’espère que l’inspecteur qui lui a emboîté le pas connaît son métier, car alors, étant donné le sang-froid de la belle incendiaire, je ne donne pas cher de sa peau.
J’en suis là de mes réflexions lorsque le téléphoniste me regarde et cligne des yeux : c’est pour moi. Je saute sur l’appareil.
— Allô, ici San Antonio, où en êtes-vous ?