Je dis à mon infirmier à la graisse d’oie d’aller m’acheter des magazines illustrés, malgré que je n’apprécie pas beaucoup d’ordinaire ce genre de lecture, mais enfin ces journaux-là sont remplis de belles pin-up et j’aime autant regarder leurs photos que celle d’André Gide.

Une heure passe.

Si vous n’avez pas une savonnette à la place du cerveau, vous devez vous souvenir que je suis claustrophobe, ce qui veut dire, je le répète, que je crains d’être longtemps bouclé dans un endroit exigu. Ça me flanque des picotements dans la moelle épinière. Je me tourne et me retourne dans ce lit trop moelleux. À la fin, je n’y tiens plus, j’enfile mon pantalon et je sors dans le couloir pour me dégourdir les jambes. De toute façon, s’il vient encore quelqu’un pour moi, j’en serai informé à temps.

Tout à coup, il se produit un fracas épouvantable. L’étage tremblote comme le ferait la tour Eiffel si elle était déboulonnée. Une avalanche de plâtras me dégringole sur le râble. Cette explosion provient de ma chambre. J’entre. Quel spectacle ! À la place de mon lit, il y a un paquet de ferrailles et des guenilles qui flambent. Les vitres de la croisée sont descendues dans la cour ; on se croirait en week-end chez Hitler au moment de la prise de Berlin.

Bien entendu, ça hurle à qui mieux mieux dans l’établissement. Les malades s’imaginent qu’ils sont à bord d’un croiseur de bataille japonais repéré par une escadrille américaine. Le personnel rapplique en courant, mon infirmier en tête.

On me questionne. On me palpe.

Alors j’envoie promener tout le monde.

Ce qui s’est passé ? je le sais bien. Tout à l’heure, la pépée brune, en jouant sa comédie du désespoir, a glissé un morceau de plastic au pied de mon lit.

Comme quoi, si je n’avais pas été claustrophobe, je serais probablement assis sur un nuage à l’heure actuelle.

En attendant, ma veste, ma chemise, ma montre, mon portefeuille et mon insigne sont restés dans l’aventure.