Je ne sais pas ce qui me retient de sauter du lit et d’administrer une fessée à cette vipère. Tout ce que je pense d’elle à cet instant ne pourrait être récité pendant une cession entière de l’ONU.
En tout cas l’expérience est concluante. L’infirmier le comprend et dit à la jeune fille que c’est assez pour une première visite et qu’elle doit se tailler. Elle reviendra si ça lui chante, dans l’après-midi. Elle s’incline et part après une dernière tirade.
Dès qu’elle est au bout du couloir, je saute du lit et je bondis au téléphone.
— Passez-moi la guichetterie !
— Allô ! Le portier ! Appelez immédiatement un des messieurs qui doivent vous tenir compagnie !
— J’en suis un, répond une voix du Cantal, avec un certain orgueil bien légitime.
— O.K. Ici San Antonio. Suivez la donzelle qui est venue me voir, et ne la perdez pas de l’œil une seule seconde si vous ne tenez pas à ce qu’on vous envoie à la pêche jusqu’à ce qu’il n’y ait plus un seul poisson en Méditerranée. Compris ?
— Compris, patron !
Je pousse un soupir et fouille les poches de ma veste à la recherche d’une gitane. J’ai la nette impression qu’il y aura du nouveau d’ici peu de temps. Parce que ça ne fait pas l’ombre d’un doute que nos gaillards cherchent à s’occuper du pseudo-jardinier que je réincarne si obligeamment. Et, croyez-moi, s’ils s’en occupent, ça n’est pas pour lui procurer une situation au parc Borelli, mais bien plutôt pour lui offrir un voyage dans un patelin où les marchands de canons et les marchands de mouron sont tous copains.
Pour l’instant, il ne me reste qu’à attendre les résultats de la filature. Il y a des moments dans l’existence où il faut apprendre la patience, because c’est encore plus utile bien souvent que l’étude de la géologie.