Je viens de me rappeler que Favelli n’a pas communiqué les résultats de l’expertise que je lui avais demandé de pratiquer sur l’appareil téléphonique. Vous allez m’objecter que la chose importe peu puisque toute la bande est liquidée, mais je suis un scrupuleux dans mon genre et je n’aime pas laisser des portes ouvertes derrière moi. Vous saisissez mon tempérament ?

En tout cas, il s’agit là d’une question bénigne, qu’un coup de téléphone, en arrivant à Nice, me permettra de liquider.

À trois heures de l’après-midi, je déambule sur la promenade des Anglais. Je ne me presse pas. Il y a des moments où on aime se baguenauder sans penser à rien. Je savoure l’odeur du large, la senteur des mimosas et je me sens devenir poète. Que voulez-vous faire de mieux à trois heures de l’après-midi à Nice ?

Enfin, je pénètre dans un grand établissement où il y a de la musique. Je commande un jus d’ananas comme une petite fille et je dis au gérant de me demander la Sûreté de Marseille.

L’orchestre de cette brasserie est excellent. Il y tâte particulièrement pour les sambas. Et la samba, moi, j’aime ça, parce que ça vous tient éveillé. Après la samba, les musiciens attaquent un blues, ensuite une valse anglaise qui me fait bâiller. À ce moment, le gérant vient me dire à l’oreille que j’ai Marseille.

Par chance, Favelli vient précisément d’arriver à son bureau. Je me fais connaître, lui pose la question qui me turlupine. Aussitôt il s’exclame que je suis un type qui, avec beaucoup d’autres choses, a de la suite dans les idées. Il m’apprend que les empreintes relevées sur l’appareil m’appartiennent, mais qu’il y en a une autre série par-dessus et que cette dernière ne correspond à aucune de sa collection.

Je lui conseille de vérifier illico si le propriétaire de ces fameuses empreintes ne se trouve pas parmi les membres du gang qui sont répartis soit à la morgue, soit au dépôt. Je lui explique que dans le cas contraire, cela indiquerait qu’un personnage important n’a pas été mis hors d’état de nuire.

Il m’assure qu’il va mettre un de ses hommes là-dessus et que, d’ici une paire d’heures, il sera en mesure de me communiquer sa réponse. Il me demande à quelle adresse il doit le faire.

Je réfléchis et lui propose de m’envoyer un télégramme à l’hôtel Bellevue.

C’est d’accord.