Je conseille à Julia de rentrer chez elle où je lui promets de la rejoindre une heure plus tard.

Nous nous séparons sur un dernier baiser.

Je traverse le hall de l’hôtel et vais demander à la caisse si un télégramme n’est pas arrivé à mon nom. L’escogriffe habillé en chef de jazz me tend un rectangle de papier bleu.

Je l’ouvre :

CONFRONTATION GÉNÉRALE DES EMPREINTES NÉGATIVE

Donc, mon instinct ne m’avait pas trompé : le gang n’a pas été totalement anéanti. Donc, même en vacances, San Antonio est bien le type qui remplace la margarine.

Je me fais monter un cognac et je l’envoie en mission dans mon estomac tandis que coule mon bain.

Avouez que des flics aussi consciencieux, on n’en trouve plus que dans les manuels, car enfin me voici en vacances, largement pourvu de gloire, d’amour et d’argent, et rien ne m’oblige à me cailler le sang pour cette bande d’espions que j’ai dispersés. J’ai beau me pénétrer de ce raisonnement, mon cerveau est constitué de telle manière qu’il ne peut fonctionner vraiment qu’au service d’une énigme.

Et comme énigme ça se pose là.

Je reprends mon raisonnement par le manche. J’ai téléphoné au Colorado ; après moi quelqu’un a utilisé l’appareil pour donner l’ordre à Batavia de me buter. Ce quelqu’un était un chef, pour prendre une décision pareille. Or ses empreintes ne correspondent avec aucune de celles prélevées sur les membres, morts ou vivants de la bande. En conséquence, il reste un personnage en circulation, dont la place est derrière de solides barreaux ou mieux encore, devant douze canons de fusils. Eh bien, moi, je vous le dis, tant que ce dégourdi-là ne sera pas nourri aux frais du gouvernement français, je ne serai pas tranquille.