— Vois-tu, mon grand, je t’ai toujours dit qu’il valait mieux t’acheter une tranche de jambon dans une charcuterie et la manger sur un banc plutôt que d’aller dans des restaurants de second ordre : tu t’abîmes l’estomac !
— T’as raison, M’man…
Elle m’en sort long comme un discours de distribution de prix sur la nourriture d’aujourd’hui. Tous les fascicules de la revue Guérir à laquelle elle est abonnée lui remontent aux lèvres.
J’écoute le ronron de sa bonne voix. C’est une musique qui vaut pour moi toutes les symphonies. Vous allez dire que je fais du Jean Nohain, et pourtant c’est vrai. J’ai pas honte à le dire : j’adore ma vieille.
— Ton chef t’appelle au téléphone, dit Félicie, alors que je viens de m’introduire dans la gargane un toast large comme le rond-point des Champs-Élysées.
J’avale le blaud d’un coup sec et je trotte à l’appareil.
— Bonjour, boss.
— Alors, ça va mieux ?
Il sait tout, ce vieux renard. Vous pouvez pas aller pisser sans qu’il vous demande si vous avez des ennuis de prostate.
— Oui, fais-je.