Puis il ressort sa main droite de la poche du pardessus, je vois illico qu’elle tient un revolver. Le temps de compter jusqu’à deux et j’ai déjà cramponné le mien.

— Pas de coup fourré ! lui dis-je… Jetez ce revolver, docteur ou il vous arrivera un malheur. Je tire vite et juste… Il y a dans la chambre de ma brave mère une médaille d’or qui l’atteste !

Mais j’ai tort de m’inquiéter, Bougeon ne songe pas du tout à nous menacer… Lentement, lentement, il lève son arme… Il la dirige vers sa tempe…

Je pige tout, je me précipite en hurlant :

— Faites pas le zouave !

Mais la détonation éclate avant que j’aie pu intervenir. Alors je m’arrête et je regarde… Le médecin a un grand trou rouge dans la tempe. On ne voit plus ses yeux révulsés… Le sang pisse à travers l’âcre fumée… Il titube puis ses jambes fléchissent et il s’écroule sur le carrelage de la cuisine exactement comme si on lui avait lâché une rafale dans les pattes.

Le boxer me bouscule et bondit sur le cadavre agité de spasmes. Le chien, en gémissant, se met à lécher le sang coulant de l’affreuse blessure.

Je me tourne vers André. Il n’a pas bougé de son siège, tient sa loupe de la main droite et s’en tapote le bout du nez…

— Il a une façon de souhaiter la bienvenue à ses visiteurs, fais-je…

Mais le calembour sonne creux comme l’estomac d’un fakir ou le crâne de Martine Carol.