C’est mou et gluant et ça me donne envie de dégueuler… Quel horrible contact ! Le type pousse un hurlement sauvage. Il titube en se tenant l’œil, car son œil pend sur sa joue. Le sang ruisselle. Oh ! ce paysage !
J’avise alors un flacon de whisky posé dans une niche. Je m’en saisis par le goulot et de toutes forces, en priant le ciel pour qu’il ne se casse pas car il est plein et son contenu me fait terriblement envie, je le propulse sur le cigare du mulâtre.
Ça fait un bruit de sac de pommes de terre tombant d’un premier étage. Mon adversaire lâche son œil et sa lucidité et s’écroule d’une masse.
Cette fois, il est groggy. Vachement groggy… Il se souviendra de cette croisière, ça, je vous le garantis !
Et miracle ! Hosanna ! le flacon est intact… Sans prendre garde au sang dont il est enduit, je le dévisse et glou-glou… On joue au ruisseau alimentant le moulin tous les deux.
L’alcool me régénère… Lorsque le Christ a dit à Lazare de ne plus jouer au dormeur, de se lever et d’arquer, il n’a pas obtenu un meilleur résultat… Brusquement, c’est comme si le ciel avait voulu doter l’humanité malheureuse d’un nouveau miracle… Je me sens dans une forme splendide !
Et remettez-nous ça, la patronne !
J’en suis à la moitié du flacon, la tête en arrière, dans la position du gars qui regarde les toiles d’araignées de son plafond ou les soucoupes volantes, lorsque la porte s’ouvrant m’oblige à reculer. Une tête apparaît, celle galonnée d’un officier de bord.
Je ne lui laisse pas le temps de revenir de sa surprise. J’ai sur lui l’avantage d’être un homme aux abois.
Bing ! un coup de bouteille !