J’entre et referme la porte.

Donc je dois choisir une solution plus directe.

Le mulâtre me sort, en fronçant les sourcils, quelques paroles certainement pertinentes. Je lui souris avec bonté.

Mais autant essayer d’attendrir un bourreau… Cet homme en bras de chemise ruisselant de sueur et truffé de gnons comme une dinde de Noël ne peut pas lui inspirer confiance…

Il élève la voix. Alors je n’hésite plus. Je lui file un atout copieux entre les deux yeux. J’ai mis tout le paquet, comme pour une grande personne. Le gars pousse un sourd grondement et laisse choir son flacon d’encaustique…

Mais il ne s’écroule pas pour autant. Au contraire, j’ai l’impression de l’avoir seulement foutu en renaud ! Il lève un poing qui ressemble à une masse de fer ; comme je ne ressemble pas à une enclume, je fais un saut de côté. Le mec perd l’équilibre et je l’accueille d’un coup de boule au menton. Ça le fait seulement éternuer. Si je ne fais pas immédiatement quelque chose, il finira par m’avoir, car je suis affaibli comme une dame qui se relève de couches. Avec le régime enduré au cours des dernières heures, ça n’est pas surprenant ! Et puis notre bagarre va finir par être perçue de l’extérieur et du trèfle ne va pas tarder à radiner !

Je me recule contre la porte. Il s’avance sur moi en soufflant. Je le laisse approcher…

Je joue les trouillards.

— No, no, dis-je en me protégeant le visage de mon bras.

Vous parlez s’il mouille ! Il se prend déjà pour Mathurin Popeye… Lorsqu’il est tout contre moi, j’y vais de mon coup en vache. Vlan ! Je lui enfonce mon pouce dans l’œil droit.