Pour être fadé, j’étais fadé. Jugez-en plutôt !
Une congestion pulmonaire ! Une blessure large comme un verre à porto au sommet de l’épaule ! Un état de faiblesse catastrophique ! Ma tension, pour vous dire, était tombée à quatre et on avait peur que le transport me soit fatal… Mais j’ai tenu le coup.
Voyez : auréomycine, transfusions et tout le barnum !
Au bout de huit jours, j’étais tiré d’affaire. Au bout de quinze, je n’avais plus de température et je me levais, au bout de vingt je pouvais quitter la clinique…
L’histoire du yacht a fait un drôle de cri dans la presse. Mais on a mis ça sur le compte d’un accident. L’épave ayant coulé, il ne restait pas traces du massacre. Les matelots rescapés n’ont pas soufflé mot.
Brandon est venu me reconnaître, il a alerté le chef qui, malgré son soi-disant désintéressement de l’affaire, a bondi à mon chevet. À eux deux, ils ont fait le nécessaire pour que mon nom ne soit pas prononcé…
La justice anglaise est tellement pointilleuse ! Mieux valait pour ma tranquillité que le coup s’efface…
J’ai fait à Brandon un résumé impeccable des faits, sans rien omettre. Qu’il se débrouille…
Un coup discret est frappé à la porte.
— Entrez ! dis-je.