Moi, quand j’achète un journal, c’est pour bigler les programmes de cinéma et, à la rigueur, lire les bandes dessinées.
— Eh bien ! voilà, explique le boss. M. Rolle, ici présent, a un fils : Emmanuel. C’est un garçon studieux, calme, pondéré…
J’ai envie de lui demander s’il est à marier, mais le boss a horreur des interruptions et des calembredaines.
— Ce jeune homme, poursuit-il, est allé terminer ses études en Angleterre… M. Rolle possède, en effet, des comptoirs en Afrique du Sud, et il a tenu à ce que son fils ait une formation britannique car il projetait de l’envoyer là-bas…
Du coup, l’homme au regard en œuf sur le plat se fout à chialer comme trente-six bonniches qui se prénommeraient Madeleine.
Le chef s’interrompt et nous observons une minute de silence gêné.
Pas besoin d’être le fakir Duchenock pour comprendre qu’il est arrivé un turbin au fiston.
Le boss se masse le crâne — ce bath crâne en matière plastique couleur ivoire qui est le plus ravissant skating à mouches de la région parisienne.
— Et alors ? je susurre, pour essayer de rambiner le coup.
— Il vivait en Angleterre depuis un an. Son père allait le voir assez fréquemment et il avait l’impression que son fils menait à Londres une existence très studieuse… La chose devait du reste s’avérer exacte par la suite.