Je déboutonne ma soutane et je la donne au barman.
Il la considère avec effroi comme s’il s’agissait du scalp de son frère jumeau.
— Je voudrais laisser ça en dépôt, dis-je…
Mais il n’entrave pas plus le français que le gars San-Antonio ne jacte l’anglais.
Heureusement, Brandon sert d’interprète.
— Que comptez-vous faire ? demande-t-il…
— Je ne sais pas, fais-je… Renifler un peu…
Je pense à cette voix étouffée, venant de sous la cagoule noire… C’était déjà une voix d’outre-tombe. C’était la voix d’un mec costaud qui, brusquement, au moment de lâcher la rampe, voulait faire savoir au monde qu’il était innocent.
Car Emmanuel Rolle était innocent. Je vous parie douze cachets d’aspirine contre une place de Président de la République d’occasion qu’il n’a pas buté le mec… Dans sa cellule, dès le premier regard, j’ai pigé que ce petit gars n’était pas un criminel. Faites confiance au bonhomme, je reconnais les innocents comme les maquignons reconnaissent les chevaux panards.
— Brandon, dis-je, je vous remercie bougrement pour votre courtoisie, qui me prouve que la réputation du Yard n’est pas surfaite. Avec votre permission…