En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre une jeune dame appellante d'une part/ et ung jeune amant intime d'aultre part. et disoit ladicte appellante que comme entiere et loyalle ou elle debvoit estre elle avoit esconduit ou debouté ledit intime Touteffois affin qu'il n'en feust mal content ou qu'il ne cuydast qu'il eust haine a l'encontre de lui faisoit tousjours ung commun acueil comme aux aultres. Or disoit elle que une journee ainsi comme elle et d'aultres de ses voysines jouent au propos il se vint seoir auprés d'elle. Et advint a son tour que ainsi qu'il parloit a elle a l'oreille pour luy dire son mot et proposer dessus que icelluy gallant en haulsant la pate du chapperon la baisa tout a coup/ duquel baiser ainsi prins d'emblee et par trahyson ceste dame si a appellé et relevé/ et pource concluoit tout pertinent qu'il avoit esté mal procedé & tres mal exploicté par ledit amant et bien appellé par elle offrant prouver et demandoit despens. et au surplus elle requeroit que il luy fust deffendu de plus ne luy toucher en quelque façon que ce fust De la partie dudict amoureux intime fut deffendu au contraire et disoit que voirement se trouva assis avecques elle/ et plusieurs aultres qui jouoyent audit propos & fut vray qu'en s'approchant vers elle pour luy dire le mot qu'il avoit pensé son pied luy grila devers elle & ainsi lui cuidant dire en l'oreille sa bouche froya ung peu contre sa joue/ mais cella ne doit estre reputé pour ung baiser car ce n'estoit que ung glyssement. Aussi n'avoit il touché que contre la joe et l'orelle. Et n'y avoit eu saveur ne odeur quelconque ains encore luy rechigna elle comme s'elle l'eust voullu menger pourquoy de se plaindre avoit ladicte dame grant tort. et n'estoyt l'appellacion recepvable ne valable veu mesmement qu'il ne luy avoit faict aucun grief et pour ce concluoit a ses fins et qu'il fut dit qu'elle avoit mal apellé offrant a prouver et demandoyt despens. Cest appellant pour ses replicques disoit que par telz moyens prendre baiser c'est larcin publique & que l'en ne pourroyt pugnir telz malfaicteurs/ car c'est a eulx trop entreprins et en peult venyr trop d'inconvenient Et peult estre que ceulx qui les voyent ainsi prendre ne l'oublyoient pas aussy de legier et pensent a l'adventure ce qui n'est pas et aussi quant les autres a qui la chose touche le sçavent ilz en prennent des merencolies & aussi des desplaisances beaucoup et cuident souvent que leurs dames par ce moyen ayment autres que eulx parquoy avoit appellé dudit baisier l'appellation estoyt bien recepvable. Et ne valloyt rien de dire au contraire que cela ne luy portoit point de prejudice car ce n'estoyt pas son plaisir qu'il la baisast ne touchast en aucune maniere et concluoit comme dessus Mais ledit intime pour ses dupliques disoit que autant en emportoit le vent et que nul qu'elle ne pouoyt sçavoir qu'il l'eust baisee : car la pacte du chapperon estoit au devant Finablement les parties ouyes elles ont esté appointees en droit et au conseil. Si a la court veu ledict procés ce qu'il failloit veoir en ceste matiere : Et tout veu la court mect ceste appellation au neant et sans amende ne despens et ordonne la court que doresnavant l'en ne jouera plus audit jeu de propos sinon que dangier ou chagrin soient entre deux & pour cause
¶ Le .xxv. arrest.
Ceans c'est plaint ung amoureux d'une sienne dame/ disant que combien qu'il l'ait longuement servie et qu'elle ait peu apparcevoir sa bonne voulenté/ neantmoins elle ne l'a voullu aymer ne prendre en grace/ ains luy a ja respondu par plusieurs fois qu'elle ne le veult aymer plus luy que ung aultre & qu'elle ne sera subgecte en amours tant qu'elle vive affin qu'il se pourvoye ailleurs/ Et ainsi se povre gallant a des maulx beaucoup a souffrir/ car il a mis tout son cueur en elle qu'il en vouldroyt bien oster et retirer/ Mais il ne peut et pource requeroit qu'elle fust condempnee a le recepvoir en sa grace comme son serviteur et amy : ou aumoins qu'elle fist tant qu'il ne luy souvenist plus d'elle et ne luy en chaulsist point. Et sur ce a ladicte dame deffenderesse deffendu au contraire disant que au regard d'elle pour obvier aux grans maulx qu'elle veoyt tous les jours advenyr a ceulx et celles qui sont au plaisir & service d'amours elle ne veult personne aymer ne mettre son cueur plus a l'ung que a l'autre/ car selles qui le font s'en tiennent deceveurs : et advient voullentiers qu'elles en seuffrent beaucoup d'oprobres et en perdant leur bonne renommee/ dont aulx gallans ne chault guieres/ car ilz ne pensent que a leur singulliere voullenté/ et leur semble que ce qu'ilz songent leur doibt advenir dont ilz sont bien loing Et aussi pour faire tout uny n'avoyt ladicte dame entencion d'aymer aulcun/ ains voulloyt demourer et la franche liberté. Et ledict complaignant avoyt mys si fort son cueur en elle qu'il ne l'en pouoyt oster dont c'estoyt follye a luy/ car il aymoit sans partie Et quant est de requerir qu'il ne luy souviengne plus d'elle : respondict ladite dame qu'elle ne le sçauroit garder de songier et de penser a elle/ se luy mesmes ne s'en voulloyt garder/ Car elle n'avoit pas la clef de son cueur. Aussy telz pensemens ne viennent que de folles voullentés qui suffocquent les cueurs des gens par trop legier croire & fole esperance en quoy l'en ne se doibt fier : mais en tant qu'il luy touche ne luy souvient de luy que bien a point. Et disoyt oultre qu'elle ne peche en riens qu'il ne l'oste de l'amour qu'il dit avoir en elle veu qu'il s'i abuseroit trop longuement. Si concluoit par ses moyens affin d'absolucion et demandoit despens/ et aprés le procureur d'amours qui touchant ceste matiere c'estoit adjoint avec ledit povre amant demandeur. Si disoit que une femme de quelque estat qu'elle soit s'elle n'est une fois en sa vie amoureuse et au service d'amours elle ne sera jamais bien venue du monde/ ains doibt estre reputee tout son temps comme une beste brute qui n'a point d'entendement/ car tous biens viennent d'aymer et qu'il soit vray l'en le peult veoir par experience de celles qui ayment car d'amours vient joye plaisance et desplaisance/ aise et desaise de tous les biens du monde ne n'aura jamays femme ne homme qui soit amoureulx disette de biens/ car l'en a tousjours assés et vault myeulx ung soubzrys/ ou ung petit genoul ou quelque petit signe que l'en s'entregette l'ung a l'autre que avoir cent muys de blé au grenier car au moins telz biens d'amours ne se peuent diminuer et si ne les fault point vanner pour les chardons. Et aussi l'en voit communement que une femme qui est amoureuse est tousjours joyeuse ne n'y a celluy qui ne tasche a luy faire plaisir. et si s'entrebat l'en encores pour estre des premiers a la servir elle sera tousjours coincte jollye et bien cueillie et n'y a ordure qui s'osast prendre a sa robe/ mais au contraire celles qui renoncent au servyce d'amours sont maleureuses et chetives et ne veult l'en avoir a faire a elles sinon en passant pour dire dieu gard et a dieu dame. Et tous les plus grans biens qu'ilz peuent avoir c'est quant elles se treuvent es festes ou on dance ou en aultre lieu qu'on fait bonne chere qu'elles sont assises en banc pour parler du temps passé regardés le personnages et vieulx habitz qui sont pourtraictz en ses tapisseries de nopces de deviser illecques a ung coingnet du temps jadis n'avoyent garde d'eux habiler de telz habitz qui courent maintenant/ et l'une belle commença a dire tout est changé/ et qu'elle ne congnoist plus rien au monde/ et l'autre dira que ce n'est que folie d'y mettre son cueur veu qu'il fault mourir/ et en ce prennent leur deduyt et ne leur dure gueres/ car quelque chose qu'elles en disent elles vouldroient en leurs cueurs estre aussi jolyes que les aultres et avec ce elles n'ont point de bien car lors n'en tient l'en pas grant compte/ parquoy n'ont point de joye ne liesse ains languissent sur le pied & pource disoit ledit procureur d'amours qu'il avoit choys de l'ung a l'autre et qu'il ne pouoyt croire que ceste dame de si vaillant cueur reffusast son service/ et affin que il en sceust la verité requeroit qu'elle jurast c'elle vouloyt a tousjours renoncer aux biens & service d'amours surquoy elle interroguee dist et afferma que ouy & qu'elle n'avoit cure d'aymer quelque gallant que ce fust pour aucunes causes que a ce la mouvoient. Ouyes les responces et affirmations ledict procureur d'amours print ses conclusions a l'encontre d'elle tant qu'elle fut banie & privee a tousjours du royaulme d'amours/ et des biens qui y sont et qui n'y eust personne qui se esbahyst ne parlast a elle en quelque maniere que ce fust sur peine de confiscation de corps et de biens et qui tous ceulx qui luy verroyent desormais tenyr boucquetz les luy allassent arracher des mains devant tout le monde comme indigne de les porter Et avec ce que nonobstant la renonciacion par elle faicte et sans prejudice d'icelle fust condampnee a le saluer et rire de l'oeil et de bouche tant seulement et pour ce gallant aimer tant qu'il fust revenu a santé de la maladie qu'il avoyt a cause d'elle. Et oultre requeroit que a greigneur seureté il fut baillé a elle en garde pour le penser durant sa maladie en telle maniere que s'il rechet jamais en l'estat l'on s'en pourra prendre a elle. Et aussi qu'elle fust tenue de respondre ou que telles aultres conclusions fussent adjugees audict procureur d'amours qui la court aviseroit Surquoy ladite dame dessusdite disoit que veue la revocation par elle faicte de ne aimer ne d'avoir aucuns biens d'amours/ l'en ne luy pouoyt plus rien demander : car elle estoit exempte de la court/ et non tenue de proceder/ mais devoyt estre mise hors de procés Et quant est des conclusyons prinses contre elle par les gens d'amours disoit qu'elles n'estoyent recepvables : car amour vient de voulenté et de plaisir. Et ainsi doncques puis que une foys elle avoyt declairé que son plaisir n'estoit point d'aymer l'en ne la devoyt de raison contraindre par force aymer ne ne s'en devoit plus la court mesler. Et au regard d'avoir en garde le malade : elle respondoyt qu'elle n'en prendroit jamais la charge : pour ce qu'elle avoit assés a faire de se garder elle mesme. Et quant est de porter fleurs ou boucquetz bien s'en passeroit Mais le povre amant par ses repliques disoit qu'il estoyt content qu'elle demourast en sa liberté et qu'elle feist tout ce qu'elle voudroit pourveu qu'il ne luy souvint plus d'elle combien qu'il ne luy estoyt possible que jamais la sceut oublier/ et s'en estoit bien esforcé tant par voiages et pelerinaiges qu'il en avoit fait que aultrement car tout rien n'y a voulu/ car de tant plus qu'il en estoit loing c'estoit alors qu'il avoit plus grant desir de s'en approucher. parquoy son cas estoit pitoyable et moult favorable entendu mesmement qu'il n'estoit possible de recevoir garison synon de la grace de sadicte dame pour occasion de laquelle sa maladie luy estoit venue : et a ce qu'il fust guery et estoit content de mourir entre ses mains/ en offrant de la quiter de sa mort et aussi de deffendre a ses heritiers de ne luy en jamais rien demander Mais ladicte dame perseveroyt tousjours en ses reffus disant que celles qui y sont bien se y doivent tenir/ et que de soy obliger en une chose ou elle n'est point tenue jamais ne le feroyt pour rien. Oultre elle disoit qu'il ne luy souvient de luy/ parquoy ne luy doibt point souvenir d'elle : et est bien grant simplesse d'y mectre son cueur si avant que on ne l'en puisse oster A quoy le povre homme respondit que l'on n'en est pas maistre qui veult/ et que s'il s'en pouoit une fois deffaire jamais elle ne aultre n'aymeroit si parfaictement au moins qu'il ne sceust bien comment. Ouyes lesquelles parties en tout ce qu'elles ont voulu dire et alleguer elles ont esté appointees a mettre par devers la court et au conseil. Sy a la court finablement veu ledit procés avec ce qu'il failloit veoir et visiter en ceste matiere. Et tout veu et consideré la court dit que veu et visiter la renonciation faicte par ladicte dame deffenderesse de ne servir jamais a amours elle ne tiendra court ne congnoissance de ceste matiere mais elle ordonne qu'il sera deffendu a tous galans subjetz & serviteurs d'amours qu'ilz ne soyent si osez/ ne si hardys de la mener danser en quelque feste qu'elle soit ou voise ainçois qu'on la laisse toute comme une femme habandonnee et bannie de toute joye. Et pareillement sera deffendu a tous cousturiers qu'ilz ne luy facent aucunes robbes ou vestemens a la nouvelle façon/ mais que ilz mettent tousjours en celles qu'ilz luy feront ung gros ply entre deux menus que devant ou derriere elles soyent mal arondies que legier passe d'ung costé affin que chascun congnoysse que avant ses jours elle deviendra chartreuse/ et que par ce moyen elle soit esloingnee et privee de toute joyeuse compagnie. Et au regard de la provision requise par ledit povre amant malade/ la court dict que elle n'y peult toucher mais de grace combien qu'il ne soit acoustumé de faire/ luy conseille de se pourveoir ailleurs de dame/ ou de se vestir de dueil/ affin que le cueur d'elle puisse ung peu amollir.
¶ Le .xxvi. arrest.
Aux cryees d'une tresbelle fille se sont trouvés sept opposans Et disoit le premier qu'il avoit bien desservy l'amour d'elle et qu'il la voulloit bien par quoy la requeroit a avoir devant tous les autres. le second opposant disoit qu'il avoit tout son cueur en elle & disoit qu'il l'avoit de pieça choisie pour estre son serviteur si c'estoit son plaisir Le tiers disoit qu'il l'avoit premierement requise & fait ses diligences en temps & en lieu et ainsi devoit estre preferé. Le quart disoit que s'elle prenoit autre que luy se devoit estre a la charge de lui faire ung petit genoul/ & ung soubris qu'elle luy avoit promis que toutes et quantes foys qu'il passeroit par devant elle. Le .v. disoit aussi qu'ilz avoyent promis de eulx entre aymer ensemble/ et de faire des biens l'ung a l'autre Et pource requeroit qu'il ne fust pas oublié ne mys des derniers. Le .vi. disoit que combien que il eust bon droit de s'opposer toutesfois attendu qu'il y avoit tant de opposans il ne requeroit seullement que la grace d'elle et que on l'eust pour recommandé a jour de payer comme ung autre. Le .vii. et dernier disoit qu'il l'avoit songee deux ou trois fois la nuit/ & aussi on luy avoit rapporté qu'elle le aymoit bien/ parquoy requeroit estre preferé devant tous autres A quoy dangier et malle bouche qui estoyent adjoinctz a veoir juger ce decret desdictes criees & disoyent que lesditz opposans s'abusoyent bien de y venir par opposition car il n'y sçavoit nul qui eust droict en la proprieté des choses criees ne qui deust empescher d'en disposer a leur plaisir & devoient lesditz opposans venir par requeste et supplication & nompas par main armee. Et quant est des parolles & gracieux semblant qu'on leur avoit donné disoyent lesditz dangier et malle bouche que filles ne ont point de vouloir ne de faculté de choisir ou eslire et oultre quelque double parolle ou bel acueil que facent aux gallans cela ne peult prejudicier sinon a ceulx qui se y fient trop de leger & pource de s'i attendre estoit grant simplesse avec plusieurs autres raisons servans leur cas Surquoy parties ouyes elles ont esté apointees en droit et au conseil. Et a la court finablement veu ledit procés lesdictes criees avec les causes d'opposition & tiltres de chascun. Et tout veu et consideré la court dit que nonobstant les oppositions desditz opposans dont elle les deboute ledict decret sera adjugé a la voulenté desditz dangier et male bouche mais ladicte fille choisira celluy des opposans qui mieulx luy plaira pour estre son amy et serviteur et condampne les opposans es despens.
¶ Le .xxvii. arrest
En la court de ceans c'est assis ung procés entre ung povre amant appellant de certain reffus a luy fait par sa dame intimee d'aultre part/ et disoit ledit appellant que la chose qu'il desiroit plus c'estoit d'estre en la grace d'elle et qu'elle eust souvenance de luy. Or disoit que a ceste occasion & affin qu'elle l'eust en memoire il se advisa aux estraines dernieres passees de luy faire ung des plus beaulx/ et riches mouchoirs qu'il estoit possible de faire ou son nom estoit escript a lettres entrelassees le plus gentement du monde/ et luy avoyt bien cousté quatre escus/ car il estoit attaché a ung beau cueur d'or et franges de menues pensees. Si fut vray que le povre gallant mesme luy presenta ledit don audictes estraines mais elle n'en eut cure ainçois l'a reffusé en disant qu'elle n'en prendroit point & qui plus est maintenant luy fait pire chiere que elle n'avoit acoustumé par avant en luy rechisgnant a chascun coup/ parquoy se gallant voyant qu'il n'y pouoit trouver aultre maniere a appellé dudit reffus et rechignement en la court de ceans. et pour ce concluoyt tout pertinent en matiere d'appel qu'il avoit esté mal reffusé mal rechigné et bien appellé par luy. A ses fins il offroit a prouver & demandoit provision d'estre remis en l'estat qu'il estoit par avant son appel et despens. De la partie de ladicte intimee fut deffendu au contraire et disoit que c'elle luy rechisnoit ou faisoit maulvaise chiere/ l'on ne s'en debvoit pas esbahir/ car il se vouloit trop moquer d'elle de luy presenter ung tel don qui n'estoit pas recepvable veu que c'elle l'eust prins elle eust confessé en effect d'estre morveuse. car aussi il ne sert que de moucher/ pource a bonne et juste cause l'avoit reffusé et n'estoit par consequent l'opposition dudict reffus vaillable. Et concluoit a ses fins/ et quant est de la provision n'en doibt point avoir/ car pour meffaire/ ou mesprendre si lourdement envers sa dame qui debvoit garder de courroucer elle n'estoit tenue de rendre plaisir. A quoy ce povre amant disoyt que en telles matieres l'on ne debvoit pas tant regarder au don que a la voulenté du donnant. et affermoyt par sa foy que jamais n'eust pensé la ou sadicte dame pense/ mais seullement luy avoit fait faire ledict mouchouer qui estoit moult beau & riche pour l'amour d'elle et affin que quant elle metteroyt la main a ses clefz elle le veist ou quant elle se mouscheroit luy souvint alors de luy/ et brief aymeroit myeulx mourir/ que faire chose en son escient qui luy despleust/ en offrant de luy donner en ce lieu ung aultre tel don que elle vouldroit en requerant pour dieu mercy entant qu'il la pourroit avoir offensee. Surquoy ladicte dame pour ses duplicques/ disoit au contraire que par le propos mesmes dudict amant prins a son prejudice il avoit delinqué & que pour donner exemple aux autres ou affin que une aultreffois fussent mieulx advisez estoit besoing de y pourveoir. Finablement parties ouyes ont esté apointez en droit & a mettre devers la court et au conseil. si a la court d'amours veu ledit procés a grant et meure deliberation & tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere/ & tout veu dit que il a esté bien reffusé & procedé par ladicte dame & mal appellé par le dict appellant et l'amendera en le condampnant es despens de la cause d'appel/ la tauxation reservee avec ce declere la court ledit don non recevable ne vallable en deffendant a tous amoureux de jamais n'en arrestez leurs dames sur peine d'amende arbitraire & de encourir l'indignation d'amours
¶ Le .xxviii. arrest.
Ceans c'est complaint une femme de une sienne voisine/ disant que elle luy tient les plus rudes termes du monde car incontinent qu'elle voit ung homme qui vient parler a elle toute la journee elle ne cessera de quaqueter mal es voisines en gectant des petites pierres par une fenestre qu'elle a respondant sus la rue dessus les gens qui estoyent a son huys pour les en faire aller. Et puis quant on n'en tient compte ou que l'en ne s'en bouge/ elle s'en vient plainement a ladicte fenestre tousjours/ et dire dieu vous gard comme pour dire/ je vous voy bien et proferant plusieurs aultres parolles mal sonnant/ & encores plus elle non contente de toutes ses choses ycy tressouvent elle murmure & se elle a quelque robbe ou chapperon nouveau ceste femme deffenderesse va publier incontinent que elle sçait bien qui luy a donné & que tel l'a payé qu'on ne cuyderoit pas en luy faisant plusieurs autres oultrages et desplaisirs. Et pour ce requeroit icelle demanderesse qu'il fust deffendu a sa voysine de ne parler contre elle sur paine de luy parcer la langue et que sa fenestre par ou elle vient escouter les gens fust abatue & demandoit despens De la partie de ceste deffenderesse fut deffendu au contraire et disoit qu'elle avoit tousjours vescu paisiblement/ et n'eut jamais noise en la rue si non depuis que ladicte demanderesse y estoit venue demourer qui n'estoit contente des biens qu'elle a/ mais veult entreprendre sus les aultres et si luy semble pour deux/ ou troys robbes qu'elle a qu'on la doibt appeller ma dame et qu'elle doit supediter tout le monde. Or ne le vouldroit point ycelle deffenderesse la despryser/ mais aussi ne la souffriroit jamais a son pouoir entreprendre sus elle. Combien qu'elle y a bien tasché par plusieurs foys. Et est vray que par faulx rapors elle luy a soutrait ung des meilleurs chalans qu'elle eust pourquoy s'elle en est courroucee contre elle/ l'en ne s'en doit esmerveiller et s'elle a parlé contre elle aussi a la damoyselle/ et dit d'elle des maulx infinis dont elle laissera la vengeance a dieu qui sçait tout. Et quant est de sa fenestre elle est sienne & en sa maison. Parquoy elle y peult estre a toute heure ne ne la pourroyt on empescher qu'elle n'y viengne quant bon luy semblera. Au regard des chapperons/ et des robbes nouvelles disoit qu'elle n'a pas dit encores tout ce qui en est/ & que quant il fauldroyt nommer ceulx qui les ont donnees/ voirement elle les nommera bien parquoy de se plaindre d'elle & avoit la demanderesse moult grant tort Et au surplus concluoit affin de absolution et de despens. A quoy ladicte demanderesse respondit disant qu'il vauldroit beaucoup myeulx estre logé aux champs que emprés une femme envieuse/ car elle ne se peult taire tant est courroucee du bien d'aultruy & si en est le service d'amours empesché par ce que plusieurs entreprinses se pourroient faire qui en son rompus et advient moult voulentiers que par telles malles bouches l'honneur est sans cause tolu. et donne l'en charge a ceulx qui n'en peuent mais/ et semble que veu que on ne luy dit mot et aussi qu'on n'entreprent rien sur elle qu'elle deust bien estre contente Mais elle aymeroit mieulx mouryr qu'elle ne parlast ou dist mal d'ung chascun & ne vit d'autre chose oultre ladicte demanderesse que sadicte voisine a bien grant tort et luy venoyt de ung faulx couraige de venir escouter les parens et amys/ et de gecter des pierres pour les faire departir Disoit aussi pareillement que en sa vie ne fist ung rapport maulvais de ladicte deffenderesse ainçoys luy vouldroit a son pouoir garder son honneur comme le sien. Et s'elle avoit aussy bonne voullenté et desir comme elle certainement il ne fauldroit point plaidoier. Surquoy ycelle deffenderesse disoit au contraire que sa partie adverse n'est q'une flatteresse et baveresse/ et que avant qu'elle y venist chascun estoit bien d'accort et sans murmure/ mays maintenant l'on n'oyt que debat et noyse pour et a l'occasion d'elle. Finablement parties ouies elles ont esté appointees en droict et a mectre devers la court et au conseil. Si a la court veu et visité ledict procés/ et tout ce qu'il failloyt veoir en ceste matiere et tout veu et consideré : dict que la fenestre par ou ladicte deffenderesse vient escouter les gens et getter les pierres sera seellee et muree comme une chose condampnee. Et au surplus deffent la court a chascune des parties qu'elles ne parlent l'une a l'encontre de l'autre en quelque façon ne maniere que ce soyt sinon en tout bien et en tout honneur sur peine de la hart et de confisquation de corps et de biens.