En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre les heritiers de une dame naguere trespassee demandeurs d'une part et les official vicaire et prometeur d'amours deffendeur d'aultre. Et disoyent lesditz demandeurs que la deffuncte estoit en son temps bien gente & gaillarde/ sage et sçavante et soubz laquelle s'elle eust vescu plusieurs vaillans cueurs amoureux eussent peu apprendre du bien Or estoit vray qu'elle qui estoit de noble couraige voulloit bien adviser tousjours en son faict. et fust en nopces ou en aultre festes et gardoit bien qu'on ne se moquast de chose qu'elle fist mais il advint que ung jeune gallant mal habillé & ressemblant a ung varlet dimencheret qu'elle encores ne congnoissoit la vint prier de dancer et pource qu'il n'estoit pas lors en point et aussi que son costé estoit lasse et n'en faisoit que venir elle l'esconduit bien gracieusement disant qu'elle ne voulloyt plus dancer dont il se deporta & s'en alla sans dire a dieu Mais encore il ne fut pas content de cela ainçoys quant vint de rechef a dancer au chapelet ledit gallant se mist a dancer et aprés ce qu'il eut le chapellet a son tour il le vint presenter a elle laquelle le receut mais quant vint ledit galant tendoit la bouche pour la baiser/ elle se torna la teste de l'autre costé en le reffusant tout court dont il conceut hayne et malveillance mortelle contre ladicte deffuncte Pour laquelle mettre a execution il la fist citer devant ledit official d'amours par devant lequel elle voyant qu'il n'estoit point son juge ne capable de congnoistre de la matiere ne comparut point Si fut mise en coustumace. au moyen de laquelle elle fut ainsi que l'en veult dire excommuniee & depuis est advenu qu'elle est encheute en aucune maladie de fievres qui l'en ont emportee/ et a finé ses jours bien honnorablement et faict son testament et toutes aultres choses que bonne et tres loyalle dame doit faire. Mais avant est venu a l'encontre ledict official vicaire et prometeur soubz umbre de ce que il vouloit dire qu'elle estoit excommuniee pour raison de ce que dit est : ilz n'ont voulu donner congé ne licence de l'enterrer ou elle avoyt ordonné : mais l'ont faict porter aux champs et enterrer en une grande piece de terre toute pleine d'orties et de chardons : laquelle chose redonde au vitupere et honneur de tous les parens et amys de ladicte deffuncte qui sont gens de bien et des plus notables : par quoy l'excés en estoit plus grant Et par ses moyens concluoient lesditz heritiers demandeurs a l'encontre desditz official vicaire et prometeur d'amours. Et pareillement aussi contre le galant qui avoit faict citer icelle deffuncte qu'ilz et chascun d'eulx fussent condempnez et contrains a revocquer casser et adnuller lesditz citacion sentence et excommuniement donné contre ladicte deffuncte par prinses de leurs personnes et du temporel desditz official et promoteur de l'eglise et a publier devant ung chascun que a tort et sans cause icelle deffuncte avoit esté citee et excommuniee Et avec ce ilz fussent condampnez a la faire deterrer et apporter son corps et ses os en ung des cimetieres d'amours et contrains a estre tous au convoy du corps affin de reparer et restituer le deshonneur qu'ilz luy avoient fait. Et semblablement que ung chascun d'eulx fust condampné a une bonne amende proffitable. A ces fins offroyent a prouver et demandoient despens dommaiges & interestz a l'adjonction des gens d'amours De la partie desdictz official vicaire prometeur et gallant fut deffendu au contraire : et disoient qu'il estoyt permis de citer et excommunier tous ceulx & celles qui detiennent des biens d'amours ou qui injurent et se mocquent de ceux qui sont en la poursuite : et dont la congnoissance et pugnition en appartenoit audit official Or estoit vray que ladicte deffuncte avoit reffusé detenu et occuppé le bien qui estoyt deu a ce gallant icy/ et encores l'avoit farcé et mocqué/ parquoy il c'estoit rendu plaintif d'elle & l'avoit fait citer a certain jour auquel elle se reputant coulpable du cas et mesprisant la court n'avoit daigné venir ne comparer. Mais c'estoit laissee mettre en coustumace et excommuniement qui fut publié. Or est advenu voirement qu'elle est trespassee sans soy faire absouldre : parquoy l'en l'avoit faicte enterrer ou elle devoit Et a ceste cause apparoissoit clerement que l'en n'y pouoit avoir aulcun mal ne excés et au regard de la deffuncte/ posé qu'elle eust bonne cause d'avoir reffusé le galant touteffoys elle devoit venir declairer ou en faire proposer au jour qu'elle fut citee sa declinatoire sans soy laisser mettre en coustumace et sentence d'excommuniement qui donnee estoit justement Et quant est de l'enterrement par consequent il avoit esté fait ainsi que faire ce devoit Et aussi se les sentences ne sortissoient en effect/ l'en ne tiendroit plus compte de justice ne de faire mal. Et a ce que les heritiers disoient que la deffuncte n'estoit subgette a la court dudit official : respondoyent que ouy/ car aussy le jeune galant estoyt clerc non marié/ lequel entant qu'il touchoit sa personne disoit que la deffuncte ne devoit point estre desheritee et mise en aultre lieu qu'elle estoyt car pour le reffus qu'elle luy fist il avoit esté en danger de mort de la paine et de la honte qu'il en eut devant tant de gens. Et s'elle eust voulu dancer ung tour avec luy il n'en eust jamais parlé. Et quant est de ce que les demandeurs ont fait dire qu'elle ne le congnoissoyt et qu'il estoit habillé en varlet dimencheret c'estoit mal dit a eulx car il la valoit bien ou myeulx et le congnoissoit assez bien. Mais elle estoit tant fiere & orgueilleuse qu'elle fist semblant de ne l'avoir jamais veu. Et le reffus qu'elle luy fist ne vint que par presumption et oultrecuydance qui la conduisoit Et concluoient en effect lesditz deffendeurs affin d'absolution & despens. Et au regard des gens d'amours ilz disoient que entant qu'il touchoit le droict des deux parties. C'est assavoir se la deffuncte avoit eu juste cause de le refuser ou non/ ilz n'en pouoient rien dire pour le present/ Car ilz n'avoyent veu les informacions. Aussi n'en estoit de present question entant que touchoit la citacion/ procés et excommuniement faictz par ledit official d'amours tout devoyt estre dict et desclairé nul et de nul effect. Lesdictz deffendeurs grandement abbusans car du faict du chappellet ne de quelconque aultre dance n'en appartenoit la congnoissance que a la justice seculiere d'amours trop bien des promesses secretes qui se font en dançant peuent bien congnoistre de ce cas icy non Et pource c'estoit une vraye entreprinse contre la justice laye qui se devoit reparer par une tresgrande et merveilleuse punition/ car combien que lesdiz official vicaire et prometeur sceussent bien qu'ilz ne pouoient sçavoir ne avoir la congnoissance de ceste matiere et que la citacion et sentence d'excommuniement ne se peult bonement soubstenir/ neantmoins comme obstinez en leur maulvaise voulenté l'ont voulu faire sortir en effect en contraingnant ceste povre femme que Dieu absolve a estre au moyen de ce enterree et en terre prophanee qui a esté certainement tresmal faict a eulx. Et pource concluoient lesdites gens d'amours/ que tout ce qui par eulx avoyt esté faict fust declairé nul et de nulle valeur comme faict en abusant et entreprenant sur la justice et juridition laye. Et avecques ce que ledit official prometeur et officiers et aussi que lesditz amoureux fussent condempnés a reparer lesdictz excés & en ce faisant qu'ilz fussent contrainctz de desterrer eulx mesmes ladicte deffuncte et la porter en ung cercueil devant tout le monde jusques au cymettiere d'amours et qu'elle ordonne a estre enterree/ Et pareillement de assister et estre presens tous tout du long du servyce qu'on fera a celle deffuncte. Et en oultre que ilz fussent condampnés a publier ou faire publyer/ par le crieur qui yra devant le corps a toute sa sonnecte que la deffuncte avoyt esté injustement excommuniee. A quoy lesdictz deffendeurs disoient que de prendre les conclusions contre eulx lesdictes gens d'amours n'estoient pas recepvables/ car ce que ilz avoyent faict avoyt esté en excersant la jusridicion espirituelle d'amours. Et quelque chose qu'il leur pleust a dire/ la congnoyssance du faict du chappellet leur appartenoyt et ainsi en avoient congneu & usé Et quant a la deffuncte elle fut cause dudict excommuniement entant qu'elle ne vouloit comparer Au regard de l'absolucion ilz ne l'eussent peu bailler sans le vouloir de partie qui n'y consentit oncques/ et ainsi estoyent lesditz deffendeurs en voye d'absolucion/ mais les gens d'amours disoyent au contraire qu'ilz ne pouoient toucher au fait dudit chappellet non plus que au feu. Et s'ilz en ont congneu au temps passé ce a esté par entreprise et en abusant. Et aussi disoyent les heritiers d'icelle deffuncte que veu que ledit official n'estoit point juge d'elle/ elle n'y debvoyt comparoir ne envoyer. et au regard des charges que ledict galant bailloit a ladicte feu dame ne pouoit estre plus humble et gracieuse qu'elle estoit comme l'en pourroit sçavoir par tous ceulx qui l'avoyent hantee. Et aussi n'y avoit point d'apparence de aller baiser ung homme a la vollee sans le congnoistre/ et qui estoit habillé comme ung vielleux en concluant comme dessus. Ouyes lesquelles parties en tout ce qu'elles ont voullu dire et alleguer elles ont esté appointees en droict. Si a la court veu et visité ledict procés et tout veu/ et consideré ce que il failloyt considerer/ ladicte court condampne ledict official vicaire et prometeur d'amours et aussi ledict amoureux et chascun de eulx entant qu'il luy touche a revocquer/ casser/ et adnuller lesdictes citations excommuniemens procés et procedures faictes par devant ledict official et a mettre au neant a leurs propres coustz/ et despens. Et avecques ce je condampne tous ensemble a deterrer et oster/ ou faire deterrer et oster ladicte deffuncte du lieu la ou elle est pour porter & enterrer au cymetiere d'amours dedans ung beau carreau de girofflee/ & au lieu ou elle a esleu sa sepulture par son testament. Et si les condampne en oultre a aller tous au pres du corps jusques en l'esglise/ et y estre tout du long du service de ladicte deffuncte. et deffend ladicte court audit official que desormais de telle matiere qui touche ledict chappellet ne les despendences il n'entrepreigne congnoissance sur peine d'amende arbitraire.

¶ Le .xxxvii. arrest.

En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre une gracieuse dame demanderesse d'une part et les religieux cordeliers de l'observance d'amours deffendeurs d'autre part. et disoit ladicte dame que ja pyeça elle eust grande acointance de familiarité singuliere avec ung jeune religieux nouvellement rendu de l'ordre & tellement qu'ilz se donnerent l'ung a l'autre & promisrent ne separer l'alliance d'entre eulx d'eux pour quelque temps ou fortune qui leur peust advenir. et sur ces choses y eut encores veuz fais en amours confermatoires d'ycelle aliance tant et si avant que faire se pourroit en tel cas mais ce nonobstant ledit amoureux cordelier et pour une petite fumee ou quelque desplaisance qu'il a eue/ puis n'a guieres de temps en ça s'en est de son auctorité et sans le consentement ne prendre congié de sadicte dame aller bouter et rendre en ladicte religion ce qu'il ne pouoit ne debvoit faire/ ainçoys venoit directement encontre son premier veu et serment. Et pource que ceste dame se sentoit tenue quant a l'ame de le declairer une foys/ et qu'elle avoit tresgrant interest d'avoir quitance & renonciation de sa promesse pour se pourveoir ailleurs en lieu de luy d'ung aultre amant et serviteurs elle concluoit et requeroit que lesditz religieux cordeliers fussent condampnez a faire exhibition audit amoureux rendu cordelier & de le amener en justice pour le contraindre et entretenir a ses premiers veuz et promesses ou y renoncer/ et la quitter au regard d'elle ne voulloit pas empescher le sauvement de son ame et qu'il ne demourast religieux de l'ordre s'il en avoit la voulenté. De la partie desdictz religieux de l'observance si fut deffendu au contraire et disoyent que la demande que faisoyt la dame n'estoit pas recepvable car l'amant religieux rendu cordelier dont estoit question estoit ja cordelier vestu/ et avoit fait les veuz de l'observance d'amours par les trois Esquelz veuz d'ycelle observance il est deffendu expressement de ne parler jamais a femme/ parquoy donc de le voulloir contraindre maintenant a le veoir & parler a elle dessoubz umbre de renonciation n'y avoit apparence et estoit trop tard de venir aprés ladicte reduction ramentevoir Et mettre en lieu de present lesdictes aliances promesses et follyes du temps passé. Disoient oultre lesditz religieux que quant ledit amant fut rendu & vestu de l'habit de l'ordre/ ladicte dame deffenderesse y estoit presente & luy veit faire les veuz pourquoy lors debvoit declairez lesdictes promesses et se opposer pour le droyct que elle veult deduire Et sembloyt soubz correction que c'est grant abbus a elle de venir maintenant par telz moyens pour troubler ledict religieux rendu et le mettre es choses mondaines qu'il a ja oubliees Si disoyent par ces moyens lesditz religieux qu'ilz n'estoyent tenus de exiber ledict cordelier/ et pour chose que on peust faire jamais ne partiroit de ladicte religion. A quoy ladicte dame pour ses replicques disoit/ que elle ne voulloit pas le retraire hors de religion ne de le mouvoir de son entreprinse/ mais requeroit seulement pour sa descharge que il renonçast a sa promesse qu'il luy avoit faicte/ et tout ce qui avoit esté faict/ et dict entre eulx deux feust declairé nul et comme non advenu Et disoit oultre ladite dame que cela se debvoit faire avant toute oeuvre/ car elle voulloyt obvier au dangier d'amours qui s'en pouoit ensuivir/ elle vouloit avoir enseignement de la renonciation desdictz promesses et pour monstrer qu'elle aymoit entretenir sa foy mieulx que luy affin qu'on ne luy en peust reproucher riens. Et au regard de ce que lesdis cordeliers disoient que icelle dame estoit presente quant ledit nouveau cordelier fut rendu & qu'elle luy vit faire les veux respondit qu'il estoit bien vray qu'elle y fut avecques ses autres cousines & parentes/ Mais a la verité quant elle veit qu'on le deshabilloit tout nud pour le vestir en cordelier les lermes luy vindrent aux yeulx a si grant affluence qu'elle ne sceut qu'elle devint & luy commença a soubzlever le cueur par telle façon que elle s'esvanouyt en plain chappitre et ne luy souvenoit alors d'aliance ne de promesse/ car il n'est au monde si grant douleur a femme que de veoir son amy rendu en religion. parquoy fault la excuser Et quant elle n'eust point esté troublee si n'eust elle pour rien entreprins d'aller desclairer devant tout le monde qui ne se pouoit rendre pour blasme et deshonneur qu'il en eust peu avoir. Et a ce que lesditz deffendeurs disoient en oultre que pour rien ne le laisseroient partir de religion respondit ladicte demanderesse que par force ilz devoyent estre contrains/ et que au regard d'elle elle avoyt contenné de ne parler point a luy sinon en la presence de deux ou trois religieux telz qu'on vouldroit amener/ mais il estoit force que a la quitance & renonciation desditz promesse ce fist en jugement/ car il y avoit lettres signees de leur main de l'ung et de l'autre qu'il convenoit rompre et casser devant la justice d'amours en concluant au surplus comme dessus Mais lesditz cordeliers deffendeurs perseverant tousjours en ce qu'ilz avoient proposé disoient que ce n'estoit pas raison que ledict amant rendu cordelier vint en jugement ne qu'il vist plus ladicte dame. Primo car se seroit contre son veu qu'il a faict de ne partir jamais de la religion sans licence du general Secundo : car par la reigle de l'observance d'amours telle comme chascun scet ceulx qui y sont rendus jamais n'en peuent saillir sinon que le feu les contraingne a ce faire & sont reputez mors au monde/ ne n'y a nul qui en puisse partir dehors excepté ceulx qui sont deputez a leur tour pour aller querir la pitance & la pourveance du couvent Et pource de requerir maintenant par ladite dame que ce jeune cordelier qui a renoncé aux joyes et a la pompe du monde et qu'il voyt ce quel a cuidé faire perdre a tousjours il n'y avoit nulle apparence et posé que icelle demanderesse fust troublee quant elle le veit ainsi vestir et entrer en la religion touteffoys cela ne la pouoyt pas excuser du tout/ car entre le temps qui vint premierement d'amours en la religion & celluy de la redicion elle avoit eu bon loysir de soy venir opposer et remonstrer lesdites aliances et promesses. Ouyes les parties en tout ce qu'ilz ont voullu dire et alleguer elles ont esté appointees a mettre par devers la court et au conseil. Si a la court veu ledict procés et a grant et meure deliberation avec tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere. Et tout veu la court dit que non obstant chose proposee par lesditz religieux cordeliers de l'observance ledict amoureux nouvellement rendu cordelier viendra en la court de ceans renoncer aux promesses et alliances d'amours par luy faictes avec ladicte dame pour sa descharge & en aura lectre ou acte se bon luy semble. Et si ordonne la court que lesdis cordeliers seront contrains par la presence de leur personnes et ouvertures de leurs portes a faire exhibicion dudict cordelier & le amener en jugement pourveu toutesvoyes que bon leur semble ilz luy pourroyent mettre ung bandeau devant les yeulx affin qu'en parlant ou renonçant audictes promesses et alliances il ne puisse veoir la demanderesse jadis sa dame Et au surplus sont compensés les despens d'ung costé et d'aultre et pour la cause.

¶ Le .xxxviii. arrest.

Ja pieça ung povre amoureux plain de dueil prya moult une jeune dame de dancer avec luy dont elle feut reffusante et ce excusant sur ce qu'elle disoit qu'elle ne faisoit que venir Et depuis encore une aultre journee la pria tresinstamment que seulement affin qu'il ne fust mocqué elle fist ung tour avecques luy mais comme devant elle n'en voulut riens faire. Disoit aussi que depuis il l'a saluee par plusieurs fois & osté son bonnet quant il la rencontroit/ mais pource qu'elle peult bien appercevoir qu'il l'ayme & en est ung petit feru elle ne daigne parler a luy et se d'aventure elle luy a dit a dieu : c'est en hochant la teste Desquelz reffus et desdaing dessusdict ledit povre amant a appellé a la court de ceans et relevé contre ladicte dame qui n'y est voulu venir ne comparer ains se est laissee mettre en deux deffaulx et tout ce que bon luy a semblé devers la court. Si a la court veu lesditz deux deffaulx en ce qui a esté produit et tout veu ladicte court par vertu des deux deffaux a jugé audit amoureux demandeur tel prouffit qu'il s'ensuit. c'est assavoir qu'il a esté bien appellé par luy & mal refusé par ladicte dame Laquelle court l'a condempnee a dancer avec luy maulgré qu'elle en ayt. Aumoins faire deux ou trois tours : & permet ladicte court audit amant quant on dancera une dance a trois de se y bouter sans dire mot pour faire ung tiers & en oultre pource qu'il est en apparence que ladicte demanderesse en contempnant aucunement la court dist quant elle a esté ajournee qu'elle n'y daigneroit comparer & que ledit galant s'abusoit de la poursuivre : icelle court permet audit amant de passer & rapasser par devant elle sans la saluer ne sans lui dire a dieu le desclairant exempté de luy faire le petit genoul en une basse dance & le pas de brebant ainsi que tous les autres le font en oultre la condampne es despens des deux dictz deffaulx la tauxation reservee.

¶ Le .xxxix. arrest

Il estoit une bourgeoise qui requeroit que certain appointement qui avoyt esté donné par les gens tenant l'eschiquier d'amours au proffit d'une damoiselle sa partie adverse touchant le debat qu'ilz avoyent ensemble pour parvenir au dessus fust recindé & adnullé par la court/ et veu le playdoyé des parties et tout ce qu'elles ont produit et tout veu la court dict qu'elle ne tiendra court ne congnoissance de ladicte cause et matiere/ mais renvoye de rechef par devant lesdictes gens tenant l'eschiquier qui en est commencé a congnoistre en jugier au sourplus/ et y pourveoir ainsi qu'il appartiendra tous despens preservez en diffinitive.

¶ Le .xl. arrest.

En la court de ceans c'est assis ung procés entre une jeune dame d'ung sien amy disant qu'elle l'a veu le plus joyeulx & esbatant qu'il pouoit estre bien nouvellement habillé/ gent plaisant gracieux & advenant a tout chascun et tellement qu'on prenoit plaisir a le veoir & ouyr/ et brief qui ne luy pouoit donner luy ruoit/ maintenant il est devenu tout changé pensif songeart & merencolieux & semble que sa vie luy ennuye au monde/ car il ne tient plus compte de feste ne de joye/ se l'en parle a luy il songe une grant piece avant qu'il responde en faisant semblant de penser ailleurs. Quant on luy donne des bouquetz ou des fleurs il les dessire toutes par pieces avant que elles partent de ses mains Et incontinent qu'il oyt les menestriers ou le tabourin les larmes lui viennent aux yeulx/ et ne faict que souspirer/ se on touche a table a leur demaine d'amours & tourne le propos a parler de la mort/ ou de quelque vieille histoire qu'il va querir bien loing pour la mener a propos il a froict quant il faict chault/ et quant il faict froict il a chault/ & en effect maintenant on ne se congnoist plus en luy dont chascun s'esbahist & pource que ceste dame a interest qu'il vive longuement qu'elle est courroucee de tout son cueur se par merencolye ou desplaisance icelluy amant avoit autre chose que a point elle requeroit qu'il fust condampné a laisser toutes compaignies merencolieuses et que au seurplus la court mist telle provision en son fait que il revint et retournast en son premier point et premier estat. de la partie du povre amant tout malade fut deffendu au contraire & disoit que au service d'amours il failloit avoir beaucoup de peine & de travail avant qu'on y soit advancé et n'y a on jamais une joye qui ne couste cent douleurs/ & pource de si trop amuser ne estoit pas trop bon/ et aussi de present il n'en chault guieres aux dames/ ains ne s'en fait l'en que mocquer & sont les loyaulx tousjours les plus douloureux/ parquoy n'y avoit pas grant regret/ oultre disoit que de gens on ne tient compte s'ilz n'ont de l'argent Et a ceste cause/ il avoit deliberé en soy mesmes de delaisser et habandonner du tout amours et de recouvrer & gangner le temps qu'il avoit perdu/ combien qu'il ne seroit jamais que il ne le louast et exaulsast/ car certes tous biens en viennent. et ne vauldra jamais riens ung homme quel qu'il soit s'il n'a aulcunement esté amoureux en son temps. Mais il en y a les ungs plus malheureux que les aultres. Et quant est des maulvaises taches et merencolies que on luy mettoit a sus & aussi de ce qu'on disoit que il estoit songeart et merencolieux. Respondit qu'il failloit que la maladie print son cours. Et que maintenant il ne sçavoit prendre plaisir sinon a estre tout seul pour contempler le temps passé et celuy qui viendra et ne vouloit plus ouir parler de amours/ car c'est chose contraire a ceulx qui s'en veulent oster/ mais au surplus il remercyoit sadicte dame treshaultement de la bonne voulenté qu'elle avoit devers lui en requerant a la court congé et licence de le laisser departir d'amours mais sadicte dame disoit en repliquant que il n'en debvoit point avoir & que la court qui est souveraine y debvoit pourveoir veu qu'il estoit digne d'exaulcer une foys la foy d'amours pour les grans biens qui estoient en luy Et ne failloit point qu'il se soulciast d'argent ne de biens du monde/ car s'il vivoit et dieu luy donnoit santé il n'en auroit que trop. Aussi il ne estoit pas encores en aage de se chagriner & en y avoit bien d'aultres qui se soulcient pour luy. Disoit oultre sadicte dame que le fondement de la pensee de luy n'estoit que une fantasie & qu'il y avoit dangier veu sa complexion que il ne luy en fust du pis. Mais ledit amoureux disoit pour ses dupliques qu'il ne luy en challoit plus de rien/ & aymoit autant mourir que vivre veu que tant plus on va en avant en ce monde tant plus y a l'en de peine. et disoit oultre qu'il vouldroit bien estre joyeulx/ mais personne qui vient a soing ne le peult estre en brief/ et vouldroit ja estre en paradis car quant il luy souvient des joyes & des grans follies du temps passé il n'a point de joye ne de bien et ne se peult tenir de plorer. ouyes lesquelles parties en tout ce qu'elles ont voulu dire & proposer elles ont esté appointees en droit & au conseil. Si a la court veu finablement ledict procés bien au long avec tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere. Et tout veu et consideré la court ordonne que ledit amoureux sera mys aux herbes et tenu de demourer aux jardins comme povre prisonnier par l'espace d'ung moys affin qu'il ne voye que toutes belles fleurs et verdure pour le resjouyr. et luy deffend ladicte court toutes compaignies merencolieuses de se pourmener seul et de fantasies a tout par luy mais ordonne et apointe que ladicte dame par maniere de provision l'acompaignera & sera avec luy pour passer le temps du long dudit moys et jusques a ce qu'il soit guery & remis en son premier estat. et laquelle dame sera tenue de le penser si que on ne luy parle que de toute joyeuseté & luy feront oster tous livres et toutes choses mellencollyeuses faisant mention d'argent et de richesses/ affin qu'il n'y ait plus le cueur.

¶ Le .xli. arrest.