En la court de ceans c'est assis ung procés entre ung povre amant reffusé en cas d'excés et le procureur general d'amours adjoint avec la dame d'une part & ung sien compaignon amoureux comme luy d'aultre part deffendeur & disoit ledit demandeur qu'il avoit tout temps eu grant familiarité & societé avec ledit deffendeur et luy avoit faict plusieurs plaisirs & si estoit vray que pour la grant fiance qu'il avoit en luy il c'estoit descouvert a luy d'une partie de ses secretz & des biens et maulx qu'il avoit gaignez en amours/ & bien souvent luy racomptoit priveement de ses fortunes & lui touchoit de loing de sa dame qui tant estoit sage & prudente & comment il estoit bien tenu a dieu de l'avoir ainsi pourveu lesquelles choses ledit deffendeur escoutoit & en louoit ledit demandeur & luy faisoit le beau beau en le resconfortant quant il le veoit plaisant. et mesmes luy offroit et cueur et corps sa chevance et ses biens/ mais il ne le faisoyt sinon pour sçavoir qui estoit sadicte dame & haïr en aprés comme il a bien monstré/ car depuis qu'il a sceu qui elle estoit il ne cessa jusques a tant qu'il ait eue l'acointance d'elle & que il ait fait bailler le bont/ ce qu'il n'eust jamais cuydé tant le sentoit son singulier amy pour laquelle chose parvenir a celluy amant deffendeur qui sçavoit tous les secretz et moyens dudit amant complaignant a trouver façon & maniere de parler a ung moyne par qui les bonnes besongnes sont faictes & a tant fait par dons & par promesses illicites qui en amours sont deffendus que ledit moyne & luy ont compilees unes faulces lettres closes ou nom dudit povre galant complaignant lequel n'en sçavoit rien. Et par lesquelles estoit contenu que ledit amant demandeur mandoit a sadicte dame qu'elle ne estoit pas telle comme il cuidoit et qu'il s'appercevoit bien maintenant qu'elle avoit failly en la menassant et disant plusieurs injures & parolles que jamais ce povre amant n'avoit pensees/ ainçois eust mieulx aymé estre mis en pieces que de l'avoir songé & dit aulcun mal de elle. Aussi eust il esté bien traystre/ veu que tous les biens qu'il avoit venoyent d'elle. or que fait ce moyne cy il s'en vient par devers ladicte dame/ et n'est pas content de porter & bailler lesditz lettres faulses mais soubz umbre de ce que l'on dit qu'elles contenoient creance/ il dist les plus terribles choses a ceste femme que l'en sçauroit ymaginer. et tellement que quant elle les oit elle adjoustant foy a ce que ledit moyne disoit commença a soy pasmer & tumber a terre comme toute esvanouye dont depuis elle a esté fort malade/ mais les dessusdictz non contens de ce ont tant fait par soubtilz et estranges moyens que ledict deffendeur est entré en grace et qu'il a baillé le bont au povre homme qui tant avoit eu de peine a soy advancer & desservir la grace de ladicte dame en commettant bien grant trahyson eu regard aux plaisirs qu'il luy avoit fait & qu'il estoit son compaignon. Et en effect quant ce povre homme qui a tousjours son cueur envers ladicte dame et ne l'en peult pas oster vient vers elle ainsi qu'il avoit acoustumé elle lui tourne le doz en rechignant le maudit & par autreffois le menasse de luy porter dommage en corps & en biens en lui disant plainement qu'elle aymeroit mieulx qu'il fust ars et bruslé qu'elle luy fist ung seul plaisir et ainsi veezla la maniere comme ce povre amant a esté traictié. Et s'il a bien du mal a cause de ladicte trahyson/ encores il a plus de martire la moytié de ce que ledit deffendeur est advancé pour faire mal & que luy & ladicte dame qui sont ainsi aliez ensemble se mocquent de luy quant il passe par devant eulx en luy gectant de gros lardons & tirant la langue en derriere/ & pourtant il s'est traict par devers ladicte court de ceans & obtenu lettres par vertu desquelles informations ont esté faictes touchant ledit cas lesquelles avec lesdictes lettres closes ont esté appointees devers ladicte court et despuis a esté baillé commission de prendre au corps ledit amant deffendeur qu'on ne peult trouver/ ains c'est mys en franchise si a esté adjourné a comparoir en personne a ladicte court dedans troys briefz jours en laquelle il n'est daingné venir ne comparoir/ ains c'est laissé cheoir et mettre en quattre deffaulx au moyen desquelz ledit demandeur & ledit procureur general ont baillé leurs demandes et conclusions que au moyen d'iceulx ilz requierent leur estre faictes et adjugees qui sont bien grandes & tendans a grant reparation honnorable et proffitable ainsi que en icelles est plus a plain contenu et declairé Si a la court finablement veu lesditz charges & informations avec lesditz deffaux bien continués & entretenus ensemble lesdictz demandes et conclusions sur ce faictes. Et tout veu et consideré la court au moyen desditz quatre deffaulx adjuge ausdictz demandeurs tel prouffit qui s'ensuit/ c'est assavoir qu'elle tient et repute ledict amoureux deffendeur attaint & convaincu des cas a luy imposés et desclaire tous ses biens meubles et immeubles confisqués a amours. Et avecques ce ordonne que lesdictes lettres closes ainsi envoyees au nom dudict povre amant demandeur seront dessirés et canceleez en jugement comme faulses et qu'il sera nonobstant icelles et les maulvais raportz qui ont esté fais de sa personne a sadicte dame remis reintegré et restitué en la grace d'elle comme devant. Et en oultre condampne ledict deffendeur a faire amende honnorable en la court de ceans a tout et devant l'huis de la dame une torche ardante en sa main nue teste et sans ceinture en disant que faulsement et maulvaisement & aultrement que a point il a trahy et deceu le demandeur son compaignon & fait bailler le bont qu'il s'en repent et en crie mercy a luy. Et pour amende prouffitable dommaiges & interest le condampne en la somme de mille livres qui sera prinse sur ses biens avant toute confisquation & a tenir prison jusques a plain paiement et es despens desditz deffaulx. Au regard du moyne qui estoit participant de ladicte trahison qui a porté lesditz faulces lettres/ la court ordonne vue l'enormité du cas qu'il sera prins en lieu sainct et dehors ou l'on pourra trouver pour estre amené en la court de ceans et au surplus deffend la court une fois pour toutes dames/ damoiselles/ bourgoises et aultres de quelque estat qu'elle soyent que de choses qui peuent toucher amours ou les despendences ilz ne facent leurs ambassades ou messages pour moynes ne ne s'i fient en quelque maniere que ce soyt s'elles ne veullent estre deceues. Et oultre plus leur enjoinct expressement que se d'avanture a l'issue du lever du lit elles de prime face en rencontroient en la rue a jour perilleux comme le premier jour de may et aultres que de celle heure elles s'en retournent coucher car c'est malle rencontre.
¶ Le .xlii. arrest.
Il y a six ou huyt varletz cordonniers qui se sont plains en la court de ceans de ce qu'il fault maintenant mettre aux pointes des soulliers qu'on faict trop de bourre disant qu'ilz sont trop grevés et qu'ilz n'y pourroient fournir les compaignons ne continuer ceste charge s'ilz n'en avoient plus grans gaiges qu'ilz avoient acoustumé attendu que le cuir est cher et que lesdis poulaines sont plus fortes a faire qui ne souloyent Si a la court fait faire informacion & rapport du prouffist et dommaige qu'ilz en ont/ et pourroient avoir & tout veu et consideré ce qu'il failloit considerer la court dit que lesdis cordonniers feront lesdis polaines grosses et menues a l'appetit des compaignons suivans ledit service d'amours sur peine d'amende arbitraire
¶ Le .xliii. arrest
En la court de ceans c'est assis ung procés entre troys compaignons amoureux demandeurs et complaignans en cas de saisine et nouvelleté d'une part/ et trois belles dames deffenderesses & opposans : d'autre part Et disoient lesdis demandeurs que quant amour ordonna faire aliance d'homme et femme ensemble il bailla a chascun en droit soy de sa dominacion et voulut que les hommes alassent au dessus des femmes comme raison estoit/ et si leur ottroya aultres grans prerogatives que les dames n'ont point dont n'est de present question. Et fut vray qu'il permist aux amoureux faire cent mille menues choses qui n'apartiennent a faire aux dames comme eulx vestyr court aller desceintz parmy la ville/ porter fauve au pié destre ou senestre tenir ung petit baston en la main sans ce qu'il soit baillé ne ottroyé aux dames d'entreprendre sur leurs droitz. Mais ce nonobstant icelles trois dames deffenderesses de leur auctorité indeue avoient porté et portoyent botte fauve a leur devise/ et avecques ce faisoient fermer leurs soulliers d'aguillettes vertes et par dedans entrelacez de rubiz & diamans/ vouloient aussi porter leurs gans au costé le petit baston en la main et la robe courte a chevaucher et plusieurs autres nouveletés au prejudice desdis demandeurs en les troublant et empeschant a tort et sans cause indeuement et de nouvel en leur possession et saisine parquoy avoient obtenu ladicte conplaincte Et concluoient tout partinent en ceste matiere de nouvelleté/ Et en cas de delay demandoient la recreance. De la partie desdictes dames fut deffendu au contraire et disoyent que amours en faisant la division des joyes mondaines pour avantager les dames voulut qu'elles eussent seigneurie et domination sur les hommes et en signe de ce ordonna qu'ilz seroient requerans et demandeurs/ et les dames deffenderesses en leur ottroyant pouoir & auctorité de refuser ottroyer denier ou escondire ainsi que bon leur sembleroit. Et ainsi doncques tout le bien que les hommes ont si vient d'elles et ne peuent avoir plus grans droitz preminences prerogatives en amours que elles. Et sont les dames en possession et saisine de porter botte fauve pour l'honneur & amour de amy au pié destre ou a senestre en possession et saisine de mettre et trousser leurs gans de costé et les porter a la ceinture/ en possesion et saisine de mettre aucuneffois entre la conroye de leurs soulliers a la boucle/ quant il leur en prent appetit anneaulx et verges d'or/ en signifiant amours defoulez aux piedz dont l'en ne tient plus compte/ en possession et saisine de porter devises & faire cent aultres menues plaisances entre eulx dont elles se peuent adviser/ en possession et saisyne que lesditz amoureux demandeurs ne aultres quelzconques ne peuent ne ne doibvent entreprendre sur leur droit/ et que s'ilz s'estoient efforcés de faire le contraire des possessions et saisine par elles pretendues de les contredire et empescher en proposant possessoire pertinent et concluant en matiere de nouvelleté et en cas de delay demandoient lesdictes dames la recreance Et fut replicqué par lesditz demandeurs et disoient que par leur complaincte ne voulloient en riens diminuer les drois des dames. Or estoit il ainsi que jamais ycelles dames n'avoyent joye desdictes possessions/ mais estoit vray et tout notoire que lesdictes choses appartenoyent aux hommes et par ainsi leur complainte estoit bien recepvable Et au regard des possessions contencieuses lesdites dames ne les pouoient soustenir/ car elles sçavoient bien que ce n'estoyt pas chose licite ne honneste a femme de porter botte fauve et anneaulx aux piez ains apartenoit mieux aux hommes que a elles et ne le veit on jamais faire sinon depuis naguieres que ceste entreprinse a esté faicte de nouveau et pour laquelle derrisyon ilz ont obtenu ladicte complaincte/ Car il leur faisoit mal que aulcuns en prinssent desplaisir contre elles ou qu'elles en fussent blasmees/ mais lesdictes dames en duppliquant disoient que s'il y en avoit aulcuns qui fussent dolens de les veoir porter/ il y en avoit d'autres pour l'amour de qui elles les portoyent qui y prenoient plaisir & pour homme qui en parle ne cesseroyent ja s'il n'estoyt ordonné/ car elles l'avoyent ainsi voué et promis a amours. Et quant est des possessions jamais n'y avoient esté empeschez jusques a present et ne failloit point dire que c'estoit chose mal seant a femme de porter botte ferree. car elle leur siet aussi bien qu'a homme/ si est chose plus joyeuse et nouvelle/ parquoy concluoit comme dessus. Ouyes lesquelles parties en tout ce qu'elles ont voulu dire et proposer elles ont esté appointees en droict et mettre par devers la court et au conseil que bon leur semblera veoir en ceste matiere et tout veu la court dict que lesdictz demandeurs a tort et sans cause se sont dolus & complains et que a bonne et juste cause lesdictes dames deffenderesses se sont opposees Et les maintient et garde la court en possession & saisine de porter la botte fauve au pied dextre ou senestre/ fermer leurs soulliers d'esguilettes vertes ou noires de mettre verges et anneaux d'or et de porter les gans de costé en la seincture leurs robes courtes a chevaucher et en toutes possessions par elles pretendues en levant la main d'amours et tout empeschement qui leur avoit esté donné par lesditz demandeurs a leur proffit en condampnant iceux demandeurs aux despens.
¶ Le .xliiii. arrest.
Sur une requeste baillee ceans par ung povre gallant serviteur affin d'estre payé de ses peines et salaires d'avoir servi ung jeune galant amoureux Disoit ledit demandeur qu'il a bien demouré avecques luy l'espace de deux ans ou environ/ pendant lesquelz il le suyvoit en tous lieux ou il alloit luy nettoyoit ses robbes/ redressoit ses poulaynes et portoit aulcuneffois les verges pour le nettoyer et luy obeissoit en tous ses commandemens ou il a eu de grans peines Et quant est venu a la fin son maistre luy donne congé sans le payer ne contenter : et pour ce requeroit qu'il fust condampné a le payer de ses services et demandoit despens Surquoy ledict aymant deffendeur disoit au contraire qu'il n'y estoit point tenu/ Car quant il le print il n'avoit rien et l'abilla de neuf et que au regard de son service il ne le serviroit pas bien car quant il faisoit ung jour bien son devoir il en failloit trois aprés : parquoy luy avoyt donné congié et au salayre qu'il demandoit disoit qu'il l'avoit tousjours entretenu bien habillé et vestu et par ainsi luy devoit souffire. Finablement la court veu ladicte requeste condampne ledit amant deffendeur a bailler a son varlet pour ses peines et sallaires & oultre ce qu'il a eu deux de ses vieilles robes courtes avec ung pourpoint de satin usé et deux escus pour s'en retourner en son pays.
¶ Le .xlv. arrest.
En la court de ceans c'est complainct et dolu ung gentil compaignon amoureulx de une jeune dame et maistresse/ disant que ja pieça pour l'amour d'elle il entreprint de jouster et mettre son corps a l'adventure affin qu'elle congneust qu'il l'aymoit merveilleusement par dessus toutes autres. Et a ceste cause feist faire harnois et habillemens qu'il devisa a sa plaisance/ et ou il feist mettre la livree de sadicte dame et avec ce eut chevaulx lance et housse de mesmes et luy estoit bien advis qu'il portoit la devise de sadicte dame que son cheval ne luy pouoit perir ne estre en danger ainçois que a l'ayde d'elle de la bonne querelle qu'il pretendoit il viendroit au dessus de son entreprise & en ceste intencion se disposa de jouster et se trouver sur les rencz bien en point comme il est acoustumé de faire en tel cas/ mais quant vint au departir qu'il cuydoit trouver sadicte dame pour avoir sa benediction elle faignit d'estre malade en se faisant excuser & dire qu'elle ne pouoit parler a luy ne luy bailler cueur ne courage de gaigner tellement que ceste journee il ne feist pas ce qu'il voulut & ne peult avoir honneur comme il eust eu sans difficulté ce ne eust esté les reffus de sa dame/ & dont par ce moyen elle estoit tenue le recompenser/ et pource requeroit a l'encontre d'elle qu'elle fust condampnee a le desdommager de la perte qu'il avoit faicte & de ses interestz qui estoyent bien grans/ au moins qu'il declairé qu'elle avoit esté cause de son mal par le moyen dudit reffus en la condampnant a le recompenser ainsi que la court l'adviseroit. de la partie de ladicte deffenderesse si fut deffendu au contraire & disoit qu'en sa vie ne luy conseilla de jouster ne n'en fut consentant ne par elle ne pouoit estre plus advancé ne diminué car son conseil ou aide ne lui pouoit de rien proffiter/ disoit avec ce que sa benediction ou sa parolle ne luy pouoit guieres aider en tel cas/ mais il suffisoit au demandeur de prendre son excusation sur cela qui n'estoit pas suffisant attendu qu'il pouoit bien ymaginer qu'elle eust esté aussi joyeuse de son bien comme lui mesmes. et quant est du reffus de luy ayder et bailler couraige jamais ne luy reffusa mais alors que il vouloit parler a elle estoit mal disposee tellement qu'elle ne peult venir parler a luy. et disoit que quant elle sceut qu'il devoit jouster elle pria alors pour lui affin qu'il eust l'honneur parquoy il devoit souffire Et par ses moyens concluoit affin d'absolution surquoy ledit amant demandeur pour ses replicques disoit que se elle eust seulement dit a dieu/ ou quelque autre mot son cheval fust allé plus joyeusement & n'eust trouvé homme qui luy eust peu resister. Et ainsi en estoit tenu tout du long. Finablement parties ouyes elles ont esté apointees en droit veu et consideré la court condampné ladicte deffenderesse a habiller vestir et armer ledit amoureux demandeur la premiere foys que il vouldra jouster & a conduire son cheval par la bryde tout du long des lices ung tour seullement et aprés cela fait sera tenue bailler sa lance en disant a dieu mon amy ayez bon cueur & ne vous soulciez de rien car on priera pour vous