— Nous sommes de la campagne, du mont Parnasse ; nous n’avons pas de ville.
— Et d’où venez-vous ? et où alliez-vous ?
— Apollo le devin nous a ordonné de quitter notre pays et d’aller chercher d’autres établissements. Nous allions au nord, vers l’Épire et vers l’île de Corcyre la brune, où sont déjà de nos frères les Ioniens ; nous allions, avec nos femmes et nos enfants, chercher un séjour heureux. »
A ces mots, les larmes vinrent aux yeux de cet homme, et tous les autres éclatèrent en pleurs et en sanglots.
« Voyons, vous autres, leur dis-je, votre destinée n’est pas si mauvaise, pour larmoyer de la sorte. Vous êtes tombés entre mes mains, et je ne suis point un méchant homme. Ne vous a-t-on pas donné à manger tantôt ?
— Si, si, me dirent-ils tous.
— Eh bien, alors ! leur dis-je. Vous êtes des hommes, et vous vouliez faire la guerre.
— Si nous avions été en expédition de guerre, répliqua celui qui paraissait le chef, tu ne nous verrais pas pleurer ainsi ; tu nous verrais te défier. Mais nous avions avec nous nos femmes et nos enfants, dont plusieurs ont sans doute péri dans les flots, et leur souvenir nous vient à la mémoire. Voilà ce qui nous fait pleurer.
— C’est bon, lui dis-je. Dzeus l’a voulu ainsi, vous n’y pouvez rien changer. Pourquoi nous avez-vous attaqués ?