— Capitaine amiral Magon, reprit Aminoclès, je voudrais savoir sur quelle terre nous sommes et quels gens l’habitent ?

— Nous sommes, lui répondis-je, sur la terre ferme, une très-grande terre qu’on appelle le pays d’Italie ou Vitalie, ce qui veut dire la terre des bestiaux et des troupeaux. Les gens qui l’habitent sont par ici les Vitaliens et leurs nations et tribus ; par là-bas, au nord-est, de l’autre côté du golfe, les Iapyges, dont il y a aussi quelques-uns au sud du golfe ; et là-bas, là-bas, fort loin d’ici, tout à fait au nord, les Rasennæ, qui bâtissent de grandes villes et ont un royaume au pied des montagnes et dans les vallées fertiles.

— Je ne connais pas ce pays et ces nations, et personne parmi nous ne les connaît, dit Aminoclès.

— Attends un peu, s’écria Himilcon, je vais le faire comprendre tout de suite. Écoute ici, l’homme helli : connais-tu les Opski ?

— Nos pères nous ont raconté, répondit Aminoclès, qu’autrefois, il y a tant d’âges d’homme qu’on ne peut pas le savoir, les Helli avaient avec eux le peuple des Opiki. Et nos anciens se sont transmis que c’était encore avant que nous n’eussions bâti Dodone, et même avant que tous les Hellènes ne fussent réunis sur l’Acheloüs, mais que nous étions encore bien loin, au nord, dans un pays où il faisait froid, et voisin des Traces. Alors il y avait, sur la terre ferme et dans les îles, des Lélèges, des Pélasges et des géants, et il y avait aussi des nains et des monstres. Les dieux les ont tués, et nous sommes venus. Si les Opski sont les mêmes que les Opiki, je les connais.

— Tu vois bien qu’il ne comprend pas, dis-je à Himilcon. Laisse-le tranquille.

— Patience, me répondit le pilote. Tu vas voir s’il ne va pas comprendre. Ouvre bien tes oreilles, Aminoclès. Connais-tu les Tyrséniens ?

— Non, je ne connais pas ceux-là.

— C’est étrange ! observa Himilcon. J’ai entendu des Hellènes me désigner assez bien la terre ferme de Vitalie, et m’y nommer un peuple des Tyrséniens ou Tyrrhéniens. Eh bien, voyons : connais-tu les Sicules ?