Nous nous rendîmes au palais, et, passant par les escaliers étroits et les corridors sombres de la tour de l’Est, nous arrivâmes dans la grande salle ronde au dôme élevé de laquelle est suspendue une lampe de cuivre. Le suffète amiral nous complimenta, et, apprenant que dans dix jours nous serions prêts à appareiller, il m’autorisa à choisir, dès le lendemain, des armes à l’arsenal de guerre pour tout mon monde.

En sortant, à la nuit, du palais du suffète, nous descendîmes dans notre barque, au bas du propre embarcadère amiral, pour retourner à terre ; mais Bodmilcar était si enchanté du Gaditan qu’il ne voulut pas nous suivre et préféra coucher à bord. Pendant que la barque filait silencieusement sur les eaux du canal, entre l’île et la terre ferme, Hannon se mit à chanter.

« Qu’est-ce que tu chantes là, lui dis-je, étonné ?

— Je chante en ionien ; ne le comprends-tu pas ?

— Pas grand’chose ; j’ai peu navigué de ce côté. Tu n’en finiras donc pas avec tes Ioniens ?

— Bodmilcar n’est pas ici pour maugréer à propos de sa femme future, et l’esclave du roi n’est pas encore à bord pour que mes chansons lui troublent la tête.

— Comment sais-tu qu’elle est Ionienne ? remarquai-je, fort surpris. Je ne t’en ai rien dit, je n’en sais rien moi-même. »

Hannon se mit à rire et ne répondit pas. J’insistai.

« L’eunuque Hazaël est un bavard, me dit-il.