Après que l’amiral eut compté ses têtes du doigt, sa bonne humeur lui revint. J’en profitai pour lui écouler sur-le-champ ma marchandise et mes esclaves. Le vieux suffète avait le cœur généreux et la main ouverte. Il me paya largement. Quand on commande à des gens de mer, il faut savoir ne pas marchander à l’occasion, et peu de gens étaient propres à commander et à gouverner comme Adonibal, amiral d’Utique. Il visita ensuite mes navires dans toutes leurs parties et loua fort la construction et l’aménagement.
« Tu pourras, me dit-il, les faire entrer en cale sèche et visiter ton doublage et tes éperons. Il ne t’en coûtera rien. Je te donne cette marque de ma satisfaction, en compensation du mauvais quart d’heure que je t’ai fait passer à ton arrivée. Allons, qu’on enlève ces marchandises et qu’on emmène ces esclaves. Il faut maintenant que j’aille à Carthada, de l’autre côté de la baie, rendre un peu la justice à ces Tyriens et régler leurs contestations. Où est mon bourreau et ses aides ?
— Nous voici, répondirent ses gens.
— Avez-vous vos fouets, vos cordes et vos instruments ?
— Nous les avons, seigneur amiral, répondit le bourreau.
— Bien, partons. Au revoir, Magon ; au revoir, vous autres ; d’autant que je vois que tous ces braves gens sont impatients de courir la ville ; leurs sicles les démangent dans la bourse. Ah ! la jeunesse, la jeunesse ! nous avons été jeune aussi ! »
Disant cela, le bon Adonibal descendit dans sa barque suivi de ses gardes, scribes et bourreaux, et s’éloigna rapidement dans la direction de l’île où est bâtie la vieille Utique. Des gardes vinrent par le quai, avec des manœuvres, enlever le soufre et les pierres de lave et emmener les esclaves.
Je donnai aussitôt congé à tous les hommes qui n’étaient pas nécessaires à la garde des navires. Les Phokiens partirent, emportant leur mort enveloppé dans une grande étoffe, vers le cimetière, où un de nos matelots se chargea de les conduire. Comme j’avais été satisfait d’Aminoclès, je lui remis, pour lui et les siens, deux sicles d’argent. Il les regarda surpris.
« Pour quoi faire, ces images en argent ? me demanda-t-il.