Au centre du Cothôn s’élève le palais amiral ; ce vaste et superbe édifice se compose d’un corps de logis principal, flanqué de six tours rondes et de quatre bastions ou forts latéraux.

Le corps principal, vaste parallélogramme irrégulier, porte une tour ronde à chaque angle extérieur. Le centre est une cour rectangulaire sur laquelle donnent toutes les baies de portes et de fenêtres des différentes salles de l’édifice. Tout autour de l’intérieur de cette cour règne une galerie à piliers supportant deux étages de voûtes.

Au nord du palais, une grande porte surmontée d’un large balcon et protégée par deux tours engagées, pareilles à celles des angles extérieurs, s’ouvre sur le bassin réservé au suffète amiral. Au sud, l’avant-cour, par laquelle nous avions passé pour monter dans une des tours intérieures dont on ne voit du dehors que le sommet et le dôme, est précédée d’une haute porte fortifiée, appuyée sur deux tours rondes semblables aux autres et protégée par des murs crénelés, percés de meurtrières et engagés dans la façade du palais.

En sortant du temple, je longeai le quai ; je pris par la place qui est au bout de la jetée du palais amiral, je montai les degrés qui conduisent sous les voûtes du mur et nous sortîmes de l’enceinte du Cothôn vers la ville. Après avoir passé devant le bel établissement des bains, je pris par la deuxième rue de gauche qui monte, en serpentant, jusqu’au quartier de la Botsra : dans ce quartier se trouve, tout en haut, au pied du plateau même où est la Botsra, une place avec des arbres, des échoppes où l’on vend à boire et à manger, des musiques et des divertissements de toute espèce. C’est le rendez-vous ordinaire des gens de mer. A l’une des extrémités de la place se tient aussi le marché des animaux sauvages, de l’ivoire, des esclaves et autres produits et curiosités de l’intérieur de la Libye. Cette place est encombrée à toute heure de gens de toute espèce, des meilleurs comme des pires, musiciens, montreurs de singes, acrobates, danseurs et danseuses, marchands de bonnets et de sandales, perruquiers, vendeurs de gâteaux et de boissons fraîches, chanteuses et vendeuses de fruits frais et secs, et autres gens qui s’empressent autour du matelot à terre, quand il a des sicles dans sa bourse. Pour moi, je n’avais pas eu l’intention d’y aller en sortant du Cothôn, mais mes pieds m’y avaient porté machinalement, par suite de mes vieilles habitudes du temps que j’avais été matelot et pilote.

Et de fait, on s’y amusait à la place de la Botsra. Je ne tardai pas y rencontrer bon nombre de mes garçons qui s’en allaient par bandes, comme c’est la coutume des gens de mer, riant, criant, chantant, se poussant, bousculant les gens et achetant des boissons et du vin à tous les marchands qu’ils rencontraient.

« Voici, dit Hannibal, un joli endroit et plein de gaieté.

— Parles-tu de ce mur ? dit Hannon en lui montrant la muraille au-dessus de la porte de la Botsra, à laquelle étaient attachées quelques têtes de la juridiction du suffète sacré.

— Pour ce qui est de cette muraille crénelée et percée de meurtrières, répondit Hannibal, elle est d’une bonne construction et difficile à escalader. Les quatre tours et les huit tourelles qui la flanquent me réjouissent la vue. Mais, quelle est cette bête ici ? »

Chamaï, Bicri et les femmes laissèrent échapper une exclamation de surprise à la vue d’un grand éléphant conduit par des Libyens.

« Seigneur des cieux ! s’écria Bicri, combien faudrait-il de flèches pour abattre un monstre pareil ! C’est une bête effroyable.