Nous passâmes durement la nuit et la matinée suivante à compléter le chargement et l’arrimage de la flottille, à quai sur l’arrière bassin du port de commerce Le Cabire était venu nous y rejoindre pour prendre son chargement et ses provisions. Vers le midi du lendemain, qui se trouvait la veille du départ, nous pûmes enfin prendre quelque repos, et nous fîmes apporter notre nourriture sous une tente qu’on avait dressée sur le quai. Nous étions assis sur le tapis, en train de manger, mes trois capitaines, mon capitaine des gens de guerre, mon chef pilote, mon scribe et moi, quand la portière de la tente se souleva et qu’un de mes matelots m’annonça l’eunuque Hazaël.
Il entra de son air languissant. Derrière lui étaient six esclaves porteurs de coffres, de paquets et de paniers, et un esclave ouvrier avec un marteau et des outils. Au dehors, sur des ânes blancs deux femmes étaient assises, l’une tellement enveloppée de voiles qu’on ne pouvait même distinguer ses pieds, l’autre le visage découvert. A la calotte rouge cerclée d’or de celle-ci, au voile blanc qu’elle portait par-dessus, ses cheveux noirs artistement frisés, à l’air de son visage, je reconnus tout de suite une fille d’Israël.
Le Syrien entra d’un air languissant.
« Nous venons, dit l’eunuque, prendre possession de nos logements sur le navire et y installer nos bagages. »
Hannon se leva vivement.
« Où vas-tu ? fis-je en le retenant.
— Faire leur arrimage, si tu le veux bien, capitaine.
— Non, non, lui répondis-je ; toi, tu vas rester ici ; j’aurai besoin de toi tout à l’heure. Himilcon s’y entend bien mieux. Va, pilote, aider le seigneur eunuque à disposer son bagage et installer la dame et sa servante. »