Himilcon vida sa coupe et partit, en jetant un coup d’œil de regret sur la grande cruche placée au milieu de nous. Hannon se rassit d’un air indifférent.
« Où faut-il que j’aille présentement ? me demanda-t-il.
— Mais au temple d’Astarté, tout préparer pour le sacrifice de demain. Ensuite tu chercheras les oiseaux qu’on embarque, pour que, par les temps de brume ou au large, ils indiquent la direction des côtes en s’envolant vers la terre. Il faudra aussi que tu remettes au suffète amiral le rôle des équipages et l’état de la cargaison, puis encore que tu rendes nos comptes au trésorier du roi.
— Je n’ai pas de temps à perdre alors, » dit Hannon en prenant ses papyrus ; et il sortit en courant.
Il me sembla, par la portière entrebâillée de la tente, voir qu’au lieu de remonter vers la ville pour aller au temple, il prenait la direction du bassin où se trouvaient nos navires. Mais quand il revint le soir, il s’était fort exactement acquitté de sa besogne.
Avec lui était un serviteur du temple portant sur la tête de grandes cages en baguettes de palmier, et lui-même en portait une plus petite, dans laquelle on voyait quatre pigeons[*] de couleur chatoyante, des plus jolis et des plus rares.
« Voilà mes oiseaux, me dit-il en me les montrant, et je peux dire que ceux ci nous porteront certainement bonheur. Ils viennent du temple d’Astarté, et c’est la prêtresse elle-même qui me les a donnés. Aussi je lui ai promis de bien les soigner. »
Chacun des capitaines choisit une cage, à l’exception de Bodmilcar.
« Eh bien, capitaine, lui demanda Hannon, est-ce qu’ils ne te plaisent pas ?