— Je ne prends pas de pigeons, scribe, lui répondit Bodmilcar. J’ai déjà embarqué mes oiseaux, des corbeaux, qui sont plus à mon goût. »

Hannon s’inclina sans répondre.

« Eh bien, dit Himilcon, qui rentrait juste ce moment, il est heureux que nos passagers ne soient pas embarqués sur le Melkarth, car les roucoulements des colombes seront certainement plus agréables que les croassements des corbeaux pour les oreilles de l’Ionienne.

— L’Ionienne ! s’écria Bodmilcar en se dressant tout pâle. Notre passagère est Ionienne ! »

Je donnai, par derrière, un fort coup de poing dans les reins du malencontreux pilote.

« Non, non, exclama vivement Himilcon en se frappant le front. Qu’est-ce que je dis ? Qui a parlé d’Ionienne ? Est-ce que nous sommes des gens à embarquer des Ioniennes ? J’ai dit la Lydienne, oui, la Lydienne, une Lydienne de la Lydie ; pas vrai, capitaine ? »

Je fis de la tête un signe que Bodmilcar put prendre pour un acquiescement. Il se tut et, un instant après, sortit en maugréant entre ses dents, suivant sa coutume. Hannon, qui déroulait silencieusement ses papyrus dans un coin, lui fit un grand salut dès qu’il eut le dos tourné, ce qui fit éclater de rire Himilcon.

« Il me semble, remarqua le capitaine Hannibal, que le capitaine Bodmilcar est d’humeur sombre et colérique.

— Je puis t’assurer, seigneur Hannibal, répondit Hannon, qu’on ne vit jamais homme plus gai que le capitaine Bodmilcar. Mais que nous importe, nous ? Nous ne sommes pas sur son navire.