— Chercher le corps de mon fiancé et l’ensevelir si les dieux me le rendent, répondit Chryséis d’une voix ferme et le front fièrement levé.

— Viens alors, lui dis-je ému ; viens avec nous, et qu’Astarté nous protége tous.

— En route, » dit Hannibal à ses hommes.

L’infatigable Bicri courut se placer en fête, tenant Hazaël par la corde qui lui liait les bras. Gisgon se plaça à côté de lui, la hache sur l’épaule, et Himilcon par derrière, l’épée au poing. Nous partîmes aussitôt, et prenant par un fond de terrain plus sombre, où la lune ne donnait pas, notre troupe s’avança en silence vers le bois. Bientôt nous vîmes sa masse noire se détacher sur le sol blanchi par les rayons de la lune, et nous entrâmes sous la futaie en faisant le moins de bruit possible. A la crête de la côte que nous avions escaladée le matin, le plateau se relevait brusquement et formait une butte boisée d’une soixantaine de coudées de haut. C’est sur cette butte que se cachait la bande de Bodmilcar. Nous nous arrêtâmes au pied avec toutes sortes de précautions. A travers les arbres, on ne voyait la lueur d’aucun feu ; tout était morne, noir et silencieux.

« Il faudrait voir ce qu’ils font là-haut, avant de prendre nos dispositions et de donner le signal, dit Hannibal à voix basse.

— Déliez-moi ! dit l’eunuque. J’irai voir, et je vous rapporterai ensuite ce que j’aurai vu.

— Merci, répondit Himilcon. Tu es trop bon. Nous craindrions de te fatiguer. »

L’eunuque ne répliqua rien, après ce grotesque essai d’évasion.

« Écoute, dit Bicri, il y a un moyen. Que l’eunuque me montre le chemin, et qu’il me conduise à un endroit d’où on peut voir leur camp. Nous irons sans bruit, et s’il essaye de crier ou de faire un mouvement, je lui plante mon couteau dans le ventre.

— C’est bien vu, » dit Hannibal.