J’étais brisé de fatigue ; mais l’espoir de saisir Bodmilcar me soutenait.

« Cinquante hommes de bonne volonté pour me suivre, m’écriai-je.

— Moi, moi ! cria tout le monde à la fois.

— Qu’Hannibal choisisse les meilleurs alors. Les autres resteront ici à la garde du camp, des femmes, des porteurs et du bagage. »

Aminoclès et un de ses hommes vinrent à moi.

« Amiral, me dit le Phokien, ma vie est à toi. Par toi j’ai retrouvé mon enfant ; mais il est blessé. Permets-moi donc de rester cette fois avec le bagage, afin de soigner mon fils Dionysos ; et permets aussi à Démarétès de rester avec sa femme nouvellement retrouvée. Nous frapperons double à la prochaine occasion.

— Restez, restez, dis-je à ce brave homme. Et nous, marchons. Peut-être retrouverons-nous chez ces scélérats les corps de Jonas et d’Hannon, et pourrons-nous leur rendre les derniers devoirs. »

A ces mots, Chryséis se leva, droite et pâle, et vint se placer devant la colonne en armes.

« Où vas-tu, jeune fille ? lui demandai-je.