— Oui, dis-je à mon tour, mais Guébal n’est pas ici. Tâchons donc de nous tirer d’affaire sans lui, bien que la chose ne paraisse pas facile.
— Amilcar et Asdrubal, dit Hannibal, marcheront certainement pour nous délivrer, dès qu’ils s’apercevront de notre absence. S’ils ne marchent pas, je déclare qu’ils sont les plus viles et couardes créatures qui aient jamais chaussé un soulier.
— Je ne doute pas que nos camarades n’essayent de faire quelque chose, répondis-je. Mais à l’heure présente ils ont probablement eux-mêmes les sauvages sur les bras. Qui sait s’ils n’ont pas été massacrés ou enlevés de la même manière que nous ? Et s’ils peuvent percer jusqu’à cet étang, comment feront-ils pour traverser cette chaussée étroite et facile à couper ?
— Comment ils feront ! s’écria Hannibal indigné ; ils déploieront leurs archers à droite et gauche de la chaussée pour la balayer à coups de flèches ; ils formeront leurs pelotons de gens de guerre par quatre pour marcher à l’attaque ; s’ils ne font pas cela, ils sont indignes de porter une épée et un bouclier, par Nergal et par le Dieu des armées ! Oui, et ils sonneront leurs trompettes.... »
En ce moment, comme à point nommé, le son lointain d’une trompette se fit entendre. Nous tendîmes tous l’oreille.
« C’est la trompette ! s’écria Chamaï ; les nôtres attaquent, nous sommes sauvés ! »
La sonnerie se prolongea, parfaitement distincte.
« Seigneur des cieux, reprit Chamaï, étends ta main sur nos braves compagnons !
— Pourvu, s’écria Hannibal à son tour, qu’ils se forment par pelotons de quatre de front et de huit de profondeur, et qu’ils fassent alterner les pelotons de piquiers avec les pelotons d’hommes armés d’épées, et je réponds de tout ! Ah ! si j’étais là pour leur faire observer les règles de la vraie tactique ! »