« Je ne connais qu’une seule poitrine capable de souffler aussi fort et aussi longtemps, » dit Himilcon.
Le nom de Jonas fut sur toutes les bouches.
« Comment cette brute épaisse serait-elle ici ? s’écria Chamaï.
— Je ne me charge pas de l’expliquer, reprit le pilote, et je ne dis même pas qu’il y soit. Mais quel autre homme pourrait tirer d’un tube de bronze des mugissements si prolongés ?
— Moi, observa Bicri, je crois bien avoir reconnu sa manière de sonner. Si Guébal était ici, il l’aurait reconnue bien vite.
— Voyons, dis-je, ne nous laissons pas aller à de sottes rêveries. Nous ne pouvons être délivrés que de trois manières : ou de vive force par nos camarades, ou par composition en payant une rançon à ces sauvages, ou par ruse en nous évadant. Quand ils viendront tout à l’heure, tâchons de nous faire entendre d’eux et offrons-leur de nous racheter ; ou cherchons tout de suite quelque moyen de nous débarrasser de nos liens et de nous échapper de cet étang maudit.
— Amiral, dit le matelot qui était avec nous, en traversant la chaussée j’ai vu des pirogues amarrées contre l’îlot.
— Et moi aussi, dit Himilcon.
— Voilà qui est bien, répondis-je. Il s’agit donc à présent de nous délier, de sortir de cette hutte et de nous glisser inaperçus jusqu’aux pirogues. Ceci est moins facile.
— Et quand nous serons aux pirogues, dit Hannibal, et si nous arrivons heureusement à terre, comment ferons-nous pour échapper aux recherches de ces barbares et pour retrouver les nôtres ?