— Voyons d’abord à nous défaire de nos liens, s’écria Chamaï ; moi, ce qui m’ennuie le plus, c’est d’être attaché. Un homme qui a la libre disposition de ses bras et de ses jambes peut tout entreprendre. Mais quand je suis garrotté de la sorte, mes pensées sont obscures et confuses.

— Ah ! jouer des jambes ! soupira Bicri ; me trouver dans la plaine ou dans la montagne, avec un bon arc à la main, en face d’une douzaine de ces hideux sauvages, et même de plus encore !

— Personne n’a un couteau ? interrompis-je.

— Personne, me répondirent mes compagnons l’un après l’autre. Les sauvages nous ont complétement dépouillés.

— Toi, Bicri, qui es le plus jeune et le plus souple, essaye de te rouler de mon côté.

— Bien, répondit l’archer : je vais essayer. »

Tout le monde garda le silence. On n’entendit plus que le bruit de la respiration haletante de Bicri et le choc sourd de ses épaules contre la terre, à mesure qu’il arrivait à se retourner. Au bout d’une demi-heure d’efforts, je le sentis contre moi.

« Nous y voilà, dis-je alors. Maintenant, tâche de placer ta tête sur mes poignets, et quand tu y seras, ronge la corde si tu peux.

— J’ai de bonnes dents, dit Bicri. Pourvu que je la tienne, ce sera vite fait. »