Un instant après, je sentis la bouche de l’archer sur mes mains et ses dents qui entamaient la corde, et un peu aussi ma peau ; mais nous n’en étions pas à ces détails. Bientôt la corde ne tenait plus qu’à un fil, et en faisant un petit effort je la rompis, et j’étendis joyeusement mes mains libres.
« Ouf ! m’écriai-je ; maintenant je peux jouer des mains. Dans cinq minutes nous serons debout, et alors....
— Silence ! dit vivement Himilcon qui était couché en travers de la porte ; silence, on vient. »
J’allongeai les bras, en entortillant mes mains dans la corde le mieux que je pus. Aussitôt la portière de cuir s’écarta et plusieurs sauvages entrèrent dans la hutte.
Plusieurs sauvages entrèrent dans la hutte.
L’un d’eux fixa la tenture de la porte ; un autre, à l’aide d’une perche, souleva une espèce de chapeau qui couvrait un trou rond pratiqué au sommet du toit et destiné à laisser échapper la fumée. Grâce à cette double ouverture, un peu de jour entra sous la cabane, et on put y voir à peu près clair. L’intérieur était complétement nu. Au milieu étaient des débris de cendres de cuisine entre les trois pierres du foyer. Les parois étaient couvertes de suie. Par l’ouverture du sommet, une pluie fine et froide pénétra dans cette tanière, et commença à clapoter sur le sol de terre battue.
Les sauvages qui nous visitaient étaient barbouillés de leurs plus belles peintures. L’un d’eux était couvert de la peau d’un ours dont la tête était rabattue sur la sienne et lui faisait un masque grimaçant ; j’ai vu de ces masques de bêtes chez les Assyriens. Un autre avait la tête et les cornes d’un élan sur les épaules. Un troisième, qui tenait un bâton à la main, conduisit ces deux-là au milieu de la loge, où ils se mirent à danser gravement en faisant des contorsions, mais sans prononcer une parole. Quand ils eurent bien dansé, l’un d’eux, qui avait un collier de dents de bêtes et qui tenait ma propre épée, s’approcha de moi.
C’était vraisemblablement le chef. Il me regarda attentivement, puis prononça un discours auquel naturellement je ne compris rien. Tout ce que j’entendais, c’est que le mot de « jouno » y revenait fréquemment, et chaque fois qu’il disait « jouno » tous les autres faisaient un grand cri. Quand il eut fini, l’un d’eux prit une corne de bœuf sauvage et nous arrosa chacun d’un liquide nauséabond, après quoi ils crièrent tous ensemble quelque chose qui finissait par « jouno » et s’en allèrent en refermant la portière derrière eux.
« Négociez donc avec des animaux pareils ! m’écriai-je furieux et perdant toute patience.