— Attends un peu, dit Hannibal ; tout à l’heure nous aurons les mains libres, et que Baal Péor me confonde si, même sans armes, je n’écrase une demi-douzaine de ces singes !

— Et moi, dit Himilcon, je ne m’y épargnerai pas ! je vais leur donner de leur jouno, et de leur huile de poisson, et de leur eau sale à travers la figure !

— Par le Dieu vivant qui nous voit, s’écria Chamaï, fussent-ils plus nombreux que les palmes à Jéricho et les puces à Chekem, ils ne m’empêcheront pas de passer à travers eux et de rejoindre Abigaïl. »

Pendant que mes amis parlaient, j’avais achevé de défaire mes liens et j’avais défait ceux de Bicri. En un clin d’œil tout le monde fut délivré et debout. Chacun se détira et frotta ses articulations engourdies. Puis le premier geste d’Hannibal, de Chamaï et d’Himilcon fut de s’emparer des pierres du foyer.

« Massue pour massue, dit Chamaï en levant la sienne, celle-ci en vaut bien une autre, et fendra suffisamment la tête du premier sauvage que je rencontrerai.

— Cette arme, observa Hannibal en contemplant attentivement sa pierre et en la retournant sur toutes ses faces, cette arme est bizarre et insolite. Mais, à défaut d’autre chose, elle peut être employée sans honte ni scrupule ; j’ai entendu dire qu’il y a de longues années nos pères s’en servirent.

— Ah ! si j’avais une fronde ! soupira Bicri en ramassant deux ou trois éclats de pierre que le feu avait détachés.

— Une fronde ? dit Himilcon ; n’est-ce que cela ? Et mon grelin et un morceau de mon outre vide ? Elle sera vite faite !

— Donne, donne ! » s’écria Bicri en sautant de joie.

Le jeune archer se mit immédiatement à se confectionner une fronde. Pendant tous ces préparatifs, la nuit était venue ; la pluie tombait toujours ; la tourmente soufflait avec force, ébranlant notre hutte. Le moment était favorable.