— A nos navires, répondis-je, à l’embouchure du fleuve voisin, bien portante et pensant à toi.

— Astarté soit louée ! » s’écria Hannon les yeux humides.

En ce moment, on heurta du dehors contre la portière de cuir. Ceci nous ramena vers la réalité.

Hannon se tourna vers la portière, l’entre-bâilla et croassa quelque chose qui fut accueilli par des grognements d’approbation ; puis il se retourna vers nous.

« Maintenant, nous dit-il, reprenant son ton joyeux d’autrefois, vous savez pourquoi je viens ?

— Non, répondis-je.

— Eh bien, je viens vous chercher pour vous conduire au grand temple des Souomi, qui est bâti dans la plus belle architecture, en roseaux et en os de poissons, et pour vous sacrifier au grand dieu Jouno.

— Bon, dis-je au scribe. Du moment que tu es sacrificateur, la chose me paraît un peu moins dangereuse que ce matin.

— Je le crois, dit Hannon en riant ; mais savez-vous qui est ce grand dieu Jouno ?

— Le dieu de l’huile de poisson, s’écria Himilcon, que les Cabires le plongent à cinq cents brasses au fond de la mer !