— Le dieu Jouno, reprit gravement Hannon, respecte-le, mon cher pilote. Le dieu Jouno méprise l’huile de poisson tout autant que toi, et chérit le bon vin tout autant que toi. Le dieu Jouno est Jonas d’Eltéké, Jonas la tête de bœuf, Jonas l’ami de Guébal, Jonas enfin, le seul, l’incomparable, Jonas le sonneur de trompette !
— Qu’est-ce que je disais ! s’écria Himilcon. J’ai reconnu sa trompette du premier coup !
— Et la voilà qui sonne, dit Hannon, dans le temple où le peuple assemblé attend les victimes.
— J’espère que tu vas nous procurer des armes, dit Chamaï, et que nous allons tomber sur les sauvages à bras raccourcis.
— Doucement, répondit Hannon. Ils sont plus de trois mille ici ; avec nos armes nous n’arriverions qu’à nous faire mettre en morceaux. Il s’agit d’user de ruse et de se servir de la légitime influence du dieu Jouno, de sa trompette et de son prêtre Houno, votre serviteur. Je vais d’abord leur dire que j’ai fait tomber vos liens, et que rien qu’en prononçant trois paroles magiques je vous ai rendus obéissants et soumis.
— A présent, dis-je à Hannon, as-tu des nouvelles de nos compagnons ?
— Ils viennent justement de paraître dans les bois et ils marchent vers nous. C’est pour obtenir la victoire sur eux qu’on veut vous sacrifier.
— Brave Amilcar ! vaillant Asdrubal ! s’écria Hannibal. Sauvages stupides et scélérats ! Je vais les rouer de coups !
— Patience, capitaine, reprit Hannon ; modère ton ardeur et laisse-moi faire. J’ai un plan excellent, et si vous suivez bien exactement tout ce que je vous dirai, je me charge de le mettre à exécution. Le tout est de faire parvenir un message aux nôtres. Je vais l’écrire tout de suite. Je me suis fait un calame avec un roseau d’ici, de l’encre avec leur peinture de guerre et du papyrus avec de la peau de renn. Je vais écrire présentement. »
Hannon s’accroupit et rédigea vivement son message.