— Alors patientons, dit Hannibal. Toutefois je dois dire que la patience est pénible ; depuis trente heures mon ventre est vide et je meurs de faim.
— Et moi donc ! s’écria Bicri.
— Et nous ! » dîmes-nous tous.
Hannon se précipita vers la porte et croassa quelque chose.
« Qu’est-ce que tu fais ? demandai-je.
— Je leur dis que le dieu a faim ! Ne crains rien : les mâchoires de Jonas leur ont appris à ne pas mesurer les offrandes. »
Un instant après, les sauvages apportaient devant le temple des entassements de viande qu’Hannon nous repassa. Poissons bouillis, venaison rôtie, et même grandes cornes remplies de boisson, rien n’y manquait. Nous tombâmes sur les victuailles en gens affamés ; le dieu prit modestement sa part du repas, un léger poisson moitié gros comme un thon et une simple cuisse de renn.
Hannon mangeait de bon appétit en nous accablant de questions. Puis il prit une des grandes cornes remplies de liquide qu’il avait fichées en terre par le bout pointu, et, la portant à sa bouche, se mit à boire à grands traits. Jonas l’imita.
« Horreur ! s’écria Himilcon en faisant des gestes qui exprimaient l’épouvante ; horreur ! Voilà qu’Hannon et Jonas boivent de l’huile de poisson ! »
Hannibal partagea l’indignation du pilote.