— Non, non ! pleura Jonas, emmenez-moi ; j’irai, j’irai.
— Tu veux, reprit Hannon, ne plus revoir Eltéké, et ne pas triompher en racontant dans ton village les choses extraordinaires que tu as vues, les Béhémoth, les Léviathans, la cuisine de Nergal et comment tu as été dieu toi-même ?
— Ils ne me croiront pas, beugla Jonas, ils me donneront cent coups de bâton ; mais emmenez-moi vite. Allons, retournons, rentrons chez nous, allons vite à Eltéké.
— Sans compter, dit encore Bicri, que nous emmènerons Guébal, et que nous le ferons voir par toute la tribu de Dan, et par celle de Benjamin aussi. »
Cette fois, Jonas n’y tint plus. Il poussa de véritables mugissements et versa un torrent de larmes.
« Oh ! dit-il, emmenez-moi avec Guébal et avec vous. Allons-nous-en de chez ces vilains sauvages. Tuons-les tous ; donnez-moi une canne, un bâton, une trique, une poutre, que je les assomme ! Je me repens d’avoir hésité, et je ne le ferai plus jamais.
— Jonas, observa Hannibal, pleure exactement comme un veau. Je suis heureux de voir rentrer dans ma troupe un si bon sonneur de trompette. Tiens, Jonas, voici deux sicles d’argent pour toi ; ce sera pour te débarbouiller quand nous serons de retour sur nos navires. Les sauvages qui m’ont dépouillé ont oublié de prendre ma bourse.
— Voici, dit Hannon, ce que nous allons faire. J’ai écrit à Amilcar de ne rien brusquer et de parlementer avec les sauvages, jusqu’au moment où il entendra sonner la trompette. Alors, qu’il réponde avec toutes les siennes. Je profiterai de ce moment pour leur expliquer que les dieux nous appellent et nous disent de leur amener les victimes. Une fois de l’autre côté de la chaussée et près des nôtres, nous ne serons pas embarrassés pour nous tirer d’affaire.
— C’est parfait, répondis-je. Mais comment sauras-tu que nos compagnons parlementent avec les sauvages ?
— Oh ! pour cela, ne crains rien. Ils viendront bien vite me le dire. Rien ne se fait ici sans le dieu Jouno et son prêtre.