— Et moi, terminai-je, je m’engage à te faire obtenir cette charge, et je te ferai présent d’un vêtement complet !
— Oh ! mugit Jonas, oh ! je serai vêtu d’écarlate et je sonnerai de la trompette devant le roi ! Oh ! que diront-ils à Eltéké ? Oh ! que je suis content d’être venu à Tarsis ! Vive le roi ! Et vive le roi ! »
Là-dessus, Jonas s’enfuit à l’avant, pour méditer à son aise sur les grandeurs qu’on lui promettait, et à partir de ce jour il devint un autre homme.
XIX
Encore Bodmilcar.
Notre navigation fut d’abord facile et heureuse. Je retrouvai sans peine le cap oriental de Preudayn, puis le cap occidental, puis les îles de l’Étain. Sortant de là, je reconnus l’archipel d’Armor, la haute terre rocheuse et les îles minées par les flots. Le bon Hannon les reconnut aussi.
« Voilà, s’écria-t-il, où j’ai appris à croasser ; et voici, là-bas, le rocher d’où Jonas et moi nous avons pêché tant de poissons avec des hameçons d’os. Et voilà l’île où sont leurs prêtresses, l’île de leurs mystères, où les femmes se peignent le visage de bleu et de noir, et où ils ont voulu nous raser la barbe avec des rasoirs faits de coquillages tranchants.
— Ils sont donc les ennemis jurés de toutes les barbes phéniciennes ? dit Himilcon. Ceux des îles de l’Étain ont déjà nettoyé les mentons d’Hannibal et de Chamaï.
— Si, dit Hannon, on pouvait leur confier le menton de Bodmilcar....