— Et qu’ils le rasent d’un peu près, interrompit Hannibal, entre les oreilles et les épaules, à hauteur de la gorge, avec une épée bien affilée....
— A ce propos, demanda Hannon, que peut être devenu ce Tyrien de malédiction, après que vous avez eu pendu son Hazaël ?
— Certainement, dit Hannibal, si mon coup d’épée n’avait pas glissé sur une côte, je l’éventrais aussi sûrement que Joab éventra Abner, fils de Ner. Mais voilà, j’ai haussé la main en frappant ; je n’aurais pas dû le faire.
— Qui sait ? observa Chamaï. Nous le rencontrerons peut-être encore ; mon cœur me dit que nous le rencontrerons, et alors....
— Et alors, dit Hannon, il est à moi et à personne d’autre. La vengeance sur lui m’appartient, et je ne me laisserai devancer par personne.
— Excepté par une flèche, grommela Bicri, assis en compagnie de Guébal et de Dionysos, sur la vergue, à dix coudées au-dessus de notre tête.
— Ce Bicri, dit Hannon en riant, à force de vivre avec un singe, il est devenu singe lui-même ! Toujours grimpant, toujours sautant, toujours perché ! Ses pieds ne touchent plus le pont du navire ! Et Dionysos ne l’abandonne guère : il perd son temps à baguenauder avec lui.
— Appelles-tu baguenauder de tirer de l’arc, cria Bicri du haut de son perchoir, et d’exercer la souplesse de ses membres, et d’apprendre la culture de la vigne ?
— Par les dieux Cabires, non ! s’écria Himilcon qui traversait le navire, allant de l’avant à l’arrière. Cultiver la vigne est presque une aussi bonne action que boire le jus de son fruit.
— Or, çà, toi, Dionysos, dit Hannon, profites-tu un peu des leçons de Bicri, et sais-tu au moins lire le phénicien ?