Himilcon ne put retenir un cri. Un autre cri lui répondit. C’était la voix de Dionysos qui le poussait.

« A moi ! exclamait le jeune garçon ; j’ai le pied dans un trou, je coule. »

Au même moment il disparut sous l’eau ; mais au même moment aussi Himilcon, piquant son coutelas dans l’échelle, criait d’une voix de triomphe :

« Nous sommes sauvés ! L’enfant a mis le pied dans la voie d’eau ! »

D’un bond le brave pilote fut à l’endroit où l’enfant venait de disparaître, et plongea. D’un bond aussi je fus à l’échelle et je criai à pleins poumons :

« Quinze matelots et le charpentier en bas ! »

D’un bond je fus à l’échelle.

Himilcon sortit Dionysos de l’eau et le passa à un matelot, qui le mit à l’échelle. Pour nous, à la clarté des lampes, dans le clapotement, sans nous soucier du bruit du combat qui continuait au-dessus de notre tête, nous travaillâmes avec rage, pour aveugler la voie d’eau que le traître émissaire de Bodmilcar avait percée au flanc de notre bon navire.

Par la protection d’Astarté nos efforts furent couronnés de succès et le trou fut bouché d’une manière provisoire. Attendant le moment où le roulis nous penchait sur un flanc et découvrait l’ouverture, nous arrivâmes enfin à la fermer. Nous venions de finir, et je remontais sur le pont quand le bruit du combat cessait. Quelques morts étaient étendus. L’Adonibal et le Cabire nous flanquaient de droite et de gauche. Les vaisseaux de Bodmilcar avaient disparu dans la nuit.