— Je ne sais, capitaine, me dit le matelot, mais il y a de l’eau là en bas. »

Je fis allumer une lampe et je me précipitai dans la cale avec deux maîtres matelots et un timonier. Un spectacle terrible m’y attendait : l’eau faisait irruption ! Je m’y jetai aussitôt ; j’en avais jusqu’aux genoux, et elle montait rapidement. La mer était très-grosse et le navire roulait violemment. Si, dans un quart d’heure, nous ne trouvions pas la voie d’eau, et si nous ne réussissions pas à l’aveugler, nous étions perdus sans ressource. Dans mon angoisse, j’avais saisi un levier, sondant partout et courant de droite et de gauche. La fatale nouvelle s’était répandue et de toutes parts on descendait du pont ; mais je renvoyai tout le monde, ne gardant avec moi que mes trois hommes et le petit Dionysos, qui s’était faufilé par là et clapotait bravement dans l’eau jusqu’aux épaules.

Tout à coup, des cris confus, partant du pont du navire, attirèrent mon attention. Il me sembla distinguer les mots de Melkarth et de Bodmilcar. Le timonier, debout sur l’échelle, la lampe à la main, se jeta vivement de côté pour éviter quelqu’un qui se ruait par le panneau, glissant le long de l’échelle plutôt qu’il ne la descendait. Je regardai l’homme qui se précipitait ainsi, et à la clarté fumeuse de la lampe je reconnus Himilcon, nu-tête, les cheveux en désordre et le coutelas à la main.

Au moment même où Himilcon tombait dans la cale devant moi, j’entendis au-dessus de ma tête le son de la trompette, des trépignements confus et la voix éclatante d’Hannibal qui criait :

« Garnissez les machines ! Les archers aux bordages !

— Par tous les dieux ! m’écriai-je, que se passe-t-il ?

— Il se passe, s’écria Himilcon, que le matelot que nous avions embarqué était un homme de Bodmilcar, que je me suis dégagé de leur bord le coutelas à la main, que la barque est sauve et que le Melkarth et deux autres galères manœuvrent pour nous attaquer. »

Himilcon n’avait pas fini que le bruit du combat commença sur le pont. Nous étions attaqués du dehors, et au dedans nous coulions bas.

« L’homme de Bodmilcar a sabordé le navire ! nous sommes perdus ! » m’écriai-je.