— Et peut-être trouverons-nous de l’or. » dit Hannibal.
Je me décidai à débarquer dans l’estuaire d’une rivière comparable au Nil d’Égypte. D’immenses forêts couvraient ses rives. Des crocodiles et des hippopotames bondissaient dans ses eaux. Des nuées d’oiseaux tourbillonnaient au-dessus, en poussant des cris aigus, mais nulle trace d’habitants ne se montrait.
Quatre jours durant nous fouillâmes les bois. Nous y recueillîmes bonne quantité de fruits sauvages. Nos flèches abattirent aussi des buffles et des antilopes, dont la chair fut salée. Le quatrième jour, Bicri vint à moi sur la plage, en donnant des marques de la plus vive agitation. A côté de lui, Dionysos pleurait et Jonas faisait de grands gestes.
« Qu’y a-t-il ? dis-je à l’archer ; que se passe-t-il ?
— Guébal a disparu, s’écria Bicri, enlevé par une troupe de singes alliés de Bodmilcar. »
Je ne pus retenir un grand éclat de rire.
« Oui, reprit l’archer irrité, des singes à grande queue ! Certainement Guébal ne les a pas suivis de son gré, et il faut qu’il y ait du Bodmilcar là-dessous. »
J’essayai de calmer l’archer, mais rien n’y fit. Il voulait absolument partir à la recherche de son singe. Je lui donnai quelques hommes pour l’escorter. A la nuit, ils revinrent épuisés de fatigue, sans avoir vu Guébal ; il avait dû rejoindre très-volontiers les nombreux singes qui gambadaient dans les arbres. En revanche, et ce qui consolait Bicri, il rapportait un être étrange, un géant noir et tout velu qu’il avait percé de ses flèches et achevé à coups de pique et d’épée, après une défense désespérée. Je fis écorcher ce monstre, dont on peut voir la peau empaillée dans le temple d’Astarté, à Sidon. Il était vraiment épouvantable.